Pendant ce temps, American Airlines, en concurrence avec Delta Air Lines pour entrer au capital de leur consœur japonaise moribonde, a fortement relevé son offre d’argent frais, alors même que Tokyo paraît finalement hésiter à accepter pour JAL l’aide financière d’une compagnie américaine. «Notre grand objectif est de restructurer JAL tout en continuant de faire voler ses avions», a déclaré le ministre des Transports, Seiji Maehara, au cours d’une conférence de presse. Seiji Maehara a ainsi confirmé la position de longue date du gouvernement nippon, selon qui clouer au sol les avions de JAL, qui assurent plus de 40% du trafic intérieur au Japon, représenterait un désastre économique pour le pays.

Le ministre n’a pas confirmé des informations des médias japonais, selon lesquelles il a fait accepter mardi aux créanciers de JAL l’idée d’un dépôt de bilan suivi d’un redressement judiciaire, une procédure douloureuse mais qui offre les meilleures garanties de transparence. Les créanciers militaient jusqu’à présent pour une restructuration extrajudiciaire, car ils craignaient notamment que l’annonce d’une procédure de faillite ne déclenche la panique chez les clients et les fournisseurs de JAL.

Trois sauvetages

Les médias affirment que JAL se déclarera officiellement en cessation de paiement le 19 janvier devant le tribunal de Tokyo. L’ancienne compagnie nationale privatisée en 1987 a déjà été sauvée trois fois de la faillite par les pouvoirs publics depuis 2001. Elle est victime de la crise économique mondiale, mais aussi d’une série d’erreurs stratégiques et d’un système de retraites complémentaires particulièrement ruineux.

JAL doit faire l’objet d’une restructuration draconienne orchestrée par un organisme semi-public chargé de sauver les entreprises en détresse, l’Etic. Officiellement, aucun détail de ce plan n’a encore filtré. Mais si l’on en croit la presse, il comprendra 15 600 suppressions d’emplois dans les trois ans, soit 30% des effectifs de la compagnie, des injections massives de capitaux publics, des effacements de dettes et des prêts d’urgence.

De plus, toujours selon les médias, les apports de capitaux publics seront vraisemblablement précédés d’une réduction de 100% du capital existant, ce qui entraînera la radiation de JAL de la Bourse de Tokyo. Les actionnaires actuels en seront pour leurs frais. La nouvelle a fait dégringoler mardi l’action JAL de 30 yens – le maximum autorisé en une seule séance pour ce titre– à 67 yens, ce qui représente un plongeon de 44,77%. «Une radiation semble désormais inévitable, donc les ventes ne cesseront pas», a commenté Mitsuzu Miyazaki, analyste au Centre de recherche SMBC Friend.

En revanche, assurent encore les médias, l’Etic écarte pour le moment une alliance capitalistique avec une autre compagnie aérienne, comme cela était envisagé initialement, et souhaite un simple pacte commercial. Delta Air Lines et American Airlines, qui lorgnent sur les lucratifs créneaux horaires de JAL en Asie, restent intéressées par une entrée au capital de JAL. American Airlines a même annoncé mardi qu’elle relevait son offre, proposant d’apporter à JAL 1,4 milliard de dollars au lieu de 1,1 milliard. Delta propose pour sa part un investissement direct de 500 millions de dollars dans JAL et 502 millions sous d’autres formes.