Sécurité

Le Japon adopte les abris antiatomiques à la Suisse

Terrifiés par les essais nucléaires menés par la Corée du Nord, de nombreux Japonais équipent leurs caves de bunkers en béton renforcé. Ils sont fournis par une entreprise zurichoise

Le 15 septembre au petit matin, les Japonais vivant sur l’île d’Hokkaido se sont réveillés au son des sirènes d’urgence. Des haut-parleurs leur intimaient de se réfugier dans l’immeuble le plus proche et de gagner la cave. La Corée du Nord venait de mettre en orbite un missile de moyenne portée qui a survolé l’île la plus septentrionale de l’archipel japonais avant de s’écraser dans l’océan Pacifique, après avoir effectué 3700 kilomètres. Il s’agissait du deuxième missile nord-coréen à survoler le pays en moins d’un mois.

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Dans ce pays toujours traumatisé par les explosions atomiques de Hiroshima et de Nagasaki, la série d’essais à visée nucléaire lancés par le régime ermite depuis quelques mois a semé la panique. Les habitants se hâtent de mettre en place des mesures de protection, en tête desquelles figurent des abris antiatomiques «à la Suisse» qu’ils font construire dans leur cave.

Explosion des ventes

Résultat, les quelques entreprises familiales qui possèdent l’expertise pour construire ce genre d’infrastructure ont vu leurs ventes exploser ces derniers mois. Shelter Co, une société dont le siège est à Osaka, a vendu plus d’une douzaine d’abris cette dernière année, deux fois son volume d’affaires normal. Oribe Seiki Seisakusho, une autre société située à Kobe, a vu ses commandes d’abris tripler depuis le mois de mars.

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«Mais ce sont surtout les ventes d’équipements de petite taille, comme les filtres à air, qui ont décollé, note Nobuko Oribe, la responsable de cette entreprise. Les gens veulent une protection immédiate et achètent donc de quoi sécuriser rapidement une pièce en cas d’attaque nucléaire.» La demande est telle que l’entreprise fondée par son grand-père après la crise des missiles de Cuba s’est retrouvée en rupture de stock de filtres.

Parmi l’assortiment proposé par Oribe Seiki Seisakusho se trouvent des portes en béton capables de résister à un incendie à 1200 degrés, des parois renforcées qui peuvent survivre à une bombe atomique de la force de celle de Hiroshima et des filtres à air qui permettent d’éliminer la radiation et les gaz toxiques, tels que le sarin, dans une pièce. Ils peuvent même être activés à la main, grâce à une pompe.

Abri familial de 2000 à 200 000 francs

Pour bénéficier d’un abri familial complet muni d’un filtre à air, de lits, de vêtements, de boîtes de conserve, d’eau, de médicaments et même de jeux, il faut débourser «entre 200 000 et 250 000 yens (1725 à 2156 francs)», précise la patronne de l’entreprise. La version de luxe, qui permet d’abriter 13 personnes coûte 25 millions de yens (215641 francs).

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Ses clients sont surtout «des personnes aisées qui ont les moyens de se payer nos services, notamment des médecins qui ont conscience des risques pour la santé d’une attaque nucléaire», détaille-t-elle. La société compte également parmi sa clientèle des PME actives dans le domaine de la construction qui souhaitent équiper certains de leurs projets immobiliers d’un abri.

Or l’ensemble du matériel et du savoir-faire vendu par ces fournisseurs japonais provient de Suisse. Plus précisément d’une entreprise appelée Andair, située dans le canton de Zurich. Elle est spécialisée dans la fourniture d’équipements de protection contre «les guerres nucléaires, les accidents industriels, le sabotage, le terrorisme et les tremblements de terre», selon son site internet.

Made in Zurich

«J’ai passé trois mois en Suisse pour me former et Andair envoie parfois un expert au Japon pour nous aider sur les grands projets, dit Nobuko Oribe. Nos filtres à air et nos portes d’abris sont importés directement depuis chez eux.» Le matériel vendu par Andair a été «testé et approuvé par le laboratoire de Spiez», une division de l’Office fédéral de la protection de la population, lit-on encore sur son site. Un gage de qualité pour Nobuko Oribe. «Nos abris ont été certifiés par l’armée suisse, glisse-t-elle. Il n’y a pas de label comparable au Japon.»

Collaboration: Antoine Roth

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