Le nombre de sans-emploi au Japon a atteint un niveau record en juin, en hausse de 4,9% à 3,28 millions. Du jamais vu depuis 1953, première année où les Japonais ont commencé à garder trace du taux de chômage dans l'Archipel. Ces statistiques ne sont pas surprenantes. Les compagnies japonaises se restructurent et ont finalement pris des décisions qu'elles auraient dû prendre il y a bien longtemps: cette mauvaise nouvelle pour les salariés se traduit par une bonne nouvelle pour les futurs bénéfices des entreprises. Le ratio d'offre d'emplois par rapport à la demande est resté inchangé à 0,46. En d'autres termes, sur 100 emplois demandés, seuls 46 sont offerts. Les avis des experts restent partagés quant à une réelle reprise de l'économie nipponne.

Pour Alain Barbezat, analyste chez Ferrier Lullin & Cie, les dépenses publiques du gouvernement nippon afin de relancer l'économie sont beaucoup trop importantes: ces dernières agissent comme des «narcotiques qui endorment l'économie et les impératifs de la restructuration». Alors qu'elles devraient avoir un rôle «d'aspirine, afin de minimiser les douleurs des réformes». Positives dans le court terme, ces injections de liquidités ne règlent pas pour autant les problèmes de l'économie japonaise à long terme.

Pour rappel: la montée du chômage (voir infographie) avait déjà incité le parlement japonais il y a quelques jours à voter un collectif budgétaire de 543 milliards de yens (environ 6,7 milliards de francs), dont 339 milliards de yens destinés à la création de 700 000 emplois. Le dernier plan de relance date du mois d'octobre de l'année dernière, où un montant record de 27 trillions de yens avait été injecté dans l'économie. L'économie nipponne avait été relancée de manière inattendue, en hausse de 1,9% au premier trimestre de 1999. Mais les effets de ce plan toucheront bientôt à leur fin et nombreux sont ceux qui doutent d'une aussi belle performance au deuxième trimestre. Comme l'a déclaré lui-même le ministre des Finances Kiichi Miyazawa vendredi, le gouvernement japonais mettra sur pied un budget supplémentaire durant l'année courante (qui se termine en mars 2000) si les chiffres du PIB japonais entre avril et juin ne sont pas «impressionnants». Ceux-ci seront publiés le 10 septembre.

Reprise de l'économie

D'autres analystes se montrent plus optimistes. Pour Michel Juvet, analyste chez Bordier & Cie, les excellents chiffres de la production industrielle sortis jeudi, affichent «une reprise plus large que prévu» au Japon. Les stocks des compagnies japonaises avaient beaucoup baissé ces derniers temps et comme le note Alexandre Tavazzi, analyste chez Pictet & Cie, la demande a augmenté en raison de la reprise des exportations vers le reste de l'Asie et de la bonne performance de l'économie américaine. «Les conditions étaient là pour une reprise rapide», souligne l'analyste. Les experts sont d'accord: il n'y a aucun doute sur la reprise de l'économie japonaise. Mais comme le constate Michel Juvet, «il faut rester réaliste: la reprise doit être microéconomique et non macroéconomique. Il est important que la croissance économique reparte, mais l'objectif prioritaire ce sont les restructurations, afin d'augmenter la rentabilité des entreprises».

«La seule porte de sortie pour le Japon est de libéraliser son économie et de laisser place à la libre entreprise», continue Alain Barbezat. Tout comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui sont sortis de la récession en libéralisant leurs secteurs des services et en donnant à leurs masses salariales la possibilité de se réinsérer grâce à des programmes de formation, l'analyste trouve que le Japon devrait faire plus afin de réinventer son économie. Mais «le secteur des services financiers au Japon est un des plus réglementés», constate-t-il.

Pour Alexandre Tavazzi, l'amélioration de l'économie japonaise n'est pas le seul facteur à avoir contribué à la hausse du yen contre le dollar au cours de ces derniers mois. «Les banques nipponnes ferment leurs opérations non rentables à l'étranger et rapatrient leurs capitaux sur l'archipel», explique l'analyste. Le dollar a d'ailleurs récemment atteint son niveau le plus bas depuis cinq mois contre la devise nipponne, s'établissant à 114,90 yens jeudi. La Banque du Japon, qui est intervenue sept fois depuis le 10 juin pour soutenir le cours du dollar, semble avoir jeté l'éponge. Elle est «la seule à baisser le cours de la devise nipponne, alors que tous les fondamentaux économiques sont là pour la faire remonter», continue Alexandre Tavazzi. Pour l'analyste, la Banque du Japon interviendra à nouveau, mais seulement si la reprise économique de l'Archipel est remise en cause. Ce qui serait le cas si le dollar plonge à un niveau de 110 ou 112 yens.