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Le robot Kengoro impressionne par son «physique» athlétique et ses performances saccadées mais terriblement humaines.
© Lab University of Tokyo

Robotique

Au Japon, les humanoïdes sont chéris

Copier l’humain, le reproduire. L’idée trotte dans les cerveaux des chercheurs en robotique depuis des décennies, dans un pays qui entretient un rapport presque identitaire avec les machines

La relation de l’homme à la machine se pose avec une acuité inédite en ces années 2010. L’avènement des assistants vocaux, du corps augmenté ou de l’intelligence artificielle suscite d’innombrables questions. A l’occasion d’un colloque à l’EPFL, nous consacrons une série d’articles à ces enjeux.

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Il sait faire des pompes, des abdos, des squats. Tout droit sorti du laboratoire JSK de la prestigieuse Université de Tokyo, Kengoro – son petit nom – impressionne par son «physique» athlétique et ses performances, un peu saccadées certes, mais terriblement humaines. Une impression que veut confirmer son visage figé dans une expression qui n’est pas sans rappeler la détermination affichée par les ninjas, dans l’univers des mangas.

Copier l’humain, le reproduire, l’idée trotte dans les cerveaux des chercheurs japonais en robotique depuis des décennies. Le premier robot «bipède», baptisé Wabot-1, n’a-t-il pas vu le jour en 1973 à Tokyo, au cœur de l’Institut de robotique humanoïde de l’Université de Waseda?

Les robots du XVIIe siècle

Bien avant l’apparition de l’électricité et des microprocesseurs, l’archipel se passionnait déjà pour les humanoïdes. En témoigne la popularité des karakuri ningyo (poupées mécaniques), dont les premiers modèles enchantèrent le public dès le XVIIe siècle. Leur succès a même incité l’horloger d’Osaka, Omi Takeda, à ouvrir en 1662 le Takeda-za, un théâtre présentant des spectacles avec ces automates réalisés en bois et fonctionnant avec moult engrenages, cordelettes et ressorts.

La modernité n’a fait qu’exacerber cette passion. Makoto Nishimura, biologiste d’Osaka, a conçu en 1928 le premier humanoïde électromécanique, appelé Gakutensoku. Puis, l’univers des mangas s’est vite emparé des robots en en faisant des héros, à la différence d’Hollywood, où les tas de boulons incarnent volontiers le mal et la destruction. Le plus célèbre des héros robots nippons reste Testuwan Atomu, connu en Occident sous le nom d’Astro Boy. Aujourd’hui encore, beaucoup de chercheurs en robotique avouent s’être lancés dans cette activité par passion pour le robot au physique de petit garçon imaginé dans les années 1950 par Osamu Tezuka (1928-1989).

Un esprit les habite

Plus profondément, cette empathie illustre le rapport particulier des Japonais avec les machines. «La tradition shintoïste (religion première du Japon) nous amène à considérer que les machines sont habitées par un esprit, explique le professeur Kazuhito Yokoi, de l’AIST, l’Institut national des sciences et technologies industrielles avancées. Nous les acceptons donc facilement.» Dès lors, les Japonais ne se posent guère de questions éthiques autour des robots, éléments de l’environnement comme les arbres, les objets, les animaux, voire les humains.

Lire aussi: Go Nagai, Mister Robot

Un point important dans la société nippone du XXIe siècle, dont le vieillissement accéléré incite les chercheurs – encouragés par le gouvernement – à travailler sur l’intégration des robots dans la vie quotidienne. Pour cela, les humanoïdes sont adéquats, car la maison, les magasins ou les lieux de travail ont été conçus par et pour les humains.

De même, explique Hiroshi Ishiguro, de l’Université d’Osaka et pionnier du secteur, le développement d’humanoïdes fait sens, car «les humains ont un cerveau doté de multiples fonctions de reconnaissance des autres humains». L’interaction s’en trouve facilitée.

Des robots plurilingues aux JO de 2020

«Personnellement, je pense que les caractéristiques humaines sont très importantes dans la communication. Les gens sont dans une situation de confort grâce à l’interaction en tête à tête», expliquait en 2014 Hitoshi Tokuda, directeur de la division des nouvelles activités de Toshiba au moment de la présentation d’Aiko Chihira, un humanoïde capable de communiquer en langage des signes.

Ces considérations expliquent l’acceptation relativement aisée des robots dans le quotidien. Le modèle Pepper du géant japonais des communications SoftBank, est devenu un interlocuteur fréquent dans la plupart des magasins de Tokyo. En 2015, le Henn-na Hotel a ouvert à Nagasaki (sud-ouest) avec un personnel incluant des humanoïdes. Pour les Jeux olympiques de Tokyo de 2020, les organisateurs prévoient d’en utiliser certains pouvant s’exprimer en plusieurs langues. Ils pourraient ressembler à des modèles mis au point par le professeur Ishiguro, comme Erica, dévoilée début 2018 et qui a été conçue pour devenir présentatrice de la télévision.

Une relation en toute apparence humaine

Plus philosophiquement, les humanoïdes, explique Hiroshi Ishiguro, peuvent alimenter une «réflexion sur l’identité». «En développant des robots très humains, on peut appréhender le sens profond de ce qui définit l’humain.» Si bien qu’avant d’envahir la société, ces robots intéressent déjà le monde de l’art. Hiroshi Ishiguro a travaillé avec l’auteur et metteur en scène de théâtre Oriza Hirata sur un spectacle, Sayonara (Au revoir) dans lequel un humanoïde est programmé pour réciter des poèmes à sa «maîtresse», une jeune femme souffrant d’une maladie incurable.

Le résultat a pu surprendre, comme en témoigne la réaction de l’artiste et universitaire Francesca Spedalieri. Dans une critique de la pièce parue dans la revue spécialisée Performance Research, elle constatait à quel point «l’interaction entre une femme ayant besoin d’une compagnie et un androïde programmé pour lui en fournir établissait une relation en toute apparence humaine».

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