Dans le quartier de Ginza à Tokyo, réputé pour ses enseignes de luxe, les bus remplis de touristes chinois se suivent les uns derrière les autres. En fin de journée, par centaines, ils s’arrêtent juste devant le Nicolas Hayek Center, un bâtiment conçu par l’architecte renommé Shigeru Ban qui regroupe notamment les marques de luxe de Swatch Group.

La déferlante s’observe dans les statistiques. Entre janvier et août, plus de 3,3 millions de touristes chinois ont visité le Japon, soit une hausse de près de 120% par rapport à la même période un an plus tôt. Les traditionnelles vacances des Chinois durant la première semaine d’octobre n’ont pas montré d’inversion de tendance, bien au contraire. En à peine une semaine, selon les premières estimations, environ 400’00 Chinois ont visité l’Archipel. Ils y auraient dépensé plus de 800 millions de francs.

Record pour Swatch Group
Cette fièvre acheteuse a de quoi réjouir les fabricants de montres de luxe helvétiques. «2015 sera une année record pour Swatch Group au Japon, confie Christophe Savioz, directeur du groupe horloger suisse dans l’Archipel. Toutes nos marques connaîtront une croissance avec la clientèle japonaise et ceci comparé à un exercice 2014 qui était record. A cela, on ajoute les touristes, en particulier chinois. Ces deux facteurs conjugués nous permettent d’engendrer un résultat record.» Pour ce dernier, plusieurs facteurs expliquent l’augmentation du nombre de touristes chinois. L’affaiblissement du yen, les visas plus difficiles à obtenir pour les Chinois qui veulent se rendre à Hongkong et l’épidémie du MERS coronavirus en Corée du Sud profitent au Japon en tant que destination touristique privilégiée.

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Chez les détaillants aussi, on se frotte les mains. Les chiffres des enseignes de luxe Matsuya donnent le vertige. «Entre janvier et août, les ventes de montres de luxe suisses aux touristes chinois ont été multipliées par 17. Omega, suivie par Rolex et Cartiers sont les marques les plus populaires», souligne la porte-parole de l’enseigne. Selon elle, beaucoup de touristes chinois achètent même plus de deux montres et le prix de chacune d’entre elles s’élève à environ un million de yens (ndlr.: 8000 francs). Certains groupes utilisent les escaliers après les heures de fermetures du magasin et acquièrent un grand nombre de montres de luxe très rapidement. «Ils passent même des appels en Chine pour demander une augmentation de leur limite sur leurs cartes de crédit et achètent des montres quel que soit le prix.»

16 000 francs dépensés
Dans le magasin Takashimaya à Nihonbashi, 2015 est également synonyme d’exercice record. Les ventes de montres de luxe aux Chinois ont été multipliées par quatre à cinq fois entre février et août. «L’affaiblissement du yen constitue certes un avantage pour les Chinois, mais il n’est pas le seul. Ils nous disent qu’ils ont plus confiance au Japon que dans leur pays lorsqu’ils achètent des montres de luxe suisses», confie Haruiko Yanai, chef des ventes de montres de luxe du magasin Takashimaya à Nihonbachi. Le ralentissement économique de la Chine n’a aucun effet sur le pouvoir d’achat des clients de l’enseigne. Au contraire, depuis un an, les touristes chinois dépensent plus. «En moyenne, c’est deux millions de yens (ndlr: 16 000 francs) dans l’achat de montres de luxe, contre 800 000 à 900 000 yens auparavant. Certains en achètent même deux ou trois d’un coup. Le moyen et le bas de gamme n’intéressent par les Chinois», affirme-t-il.
Du côté de Mitsukoshi-Isetan, propriétaire de trois magasins à Tokyo, les ventes de montres de luxe suisses ont grimpé de 25% entre avril et août 2015. Selon Hidetoshi Mineshiro, un acheteur de la section Montres, cette hausse est essentiellement due aux touristes, chinois en premier, qui ont généré un chiffre d’affaires en hausse de 480%. «Souvent, les touristes chinois ne viennent pas acheter des montres de luxe pour eux-mêmes, mais pour leurs amis», renchérit Yoko Enomoto, porte-parole de l’enseigne Daimaru à Tokyo. Rolex, Omega et Patek Philippe y sont les marques les plus populaires.» Il arrive parfois que les modèles recherchés soient en rupture de stock. Le magasin passe alors commande et les touristes chinois viennent les chercher à la fin de leur séjour.