L'économie du Japon tourne à pleins gaz. Le gouvernement l'a confirmé vendredi en annonçant que la croissance avait progressé de 1,4% au quatrième trimestre 2005 par rapport au précédent, soit 5,5% en rythme trimestriel annualisé. Cette performance, largement supérieure à celle des Etats-Unis (+1,1%) et de l'Europe (+1,7% en glissement annuel), a permis au produit intérieur brut (PIB) nippon de décoller de 2,8% sur l'ensemble de l'année écoulée, la plus faste depuis l'an 2000. L'Archipel excède ainsi les prévisions de croissance du FMI (2%) et de l'OCDE (2,4%).

Ce dynamisme est d'autant plus réjouissant qu'il est sain et équilibré. Les trois moteurs de l'activité y ont tous concouru. La consommation privée, soutenue par le redressement de l'emploi et le frémissement des salaires après cinq années d'inertie, a confirmé son réveil observé depuis le début de 2005 (0,4 point de PIB de contribution à la croissance). L'investissement productif (0,3 point de contribution) continue de bénéficier du rétablissement des capacités d'autofinancement des entreprises à un niveau record (115%) après leurs efforts passés d'assainissement des bilans. «La bonne nouvelle est venue du solde extérieur», ajoute Sophie Mametz, économiste chez IXIS Cib (0,6 point de contribution). La baisse surprise des importations (-1,3% sur le trimestre), conséquence vraisemblable de la nette appréciation du yen, s'est conjuguée à la vitalité des exportations. Ces dernières sont stimulées par la demande étrangère, et notamment chinoise, en automobiles, biens d'équipement et matériels électroniques, explique la spécialiste.

Autant de facteurs qui devraient perdurer en l'an 2006, crédité des «perspectives les plus optimistes de ces dernières années» par Standard & Poor's. Pour la plupart des économistes, le Japon devrait dépasser son potentiel de croissance estimé à 1,5% par les autorités. Cette anticipation alimente le débat sur le moment que choisira la Banque du Japon pour réduire le montant des liquidités (30 à 35 trillions de yens) qu'elle met chaque mois à la disposition des banques commerciales pour maintenir les taux courts à 0%. Pour ne pas renouveler l'erreur commise en 2000 en remontant trop prestement ses taux, l'institution prendra son temps. Certes, les prix de détail ont progressé en novembre et en décembre, mais l'indice des prix du PIB (déflateur), publié hier en retrait de 1,6% sur un an, confirme que le Japon n'a pas encore terrassé la déflation.

Décidément mal lunés, les investisseurs ont accueilli ces nouvelles par un nouveau retrait de 2% du Nikkei, portant à 2,5% son retard sur l'année. D'après le Ministère des finances, les investisseurs étrangers sont devenus vendeurs nets de titres nippons la semaine passée, une première depuis septembre 2005.