Après avoir passé deux trimestres en récession, le Japon devait enfin avoir digéré la hausse de TVA d’avril, qui avait pesé sur la demande intérieure, pour rebondir sur les derniers mois de l’année 2014 et entamer une nouvelle phase de croissance. C’était du moins le scénario écrit par le gouvernement de Shinzo Abe. Mais l’activité dans le pays ne redémarre que très timidement et les acteurs économiques semblent toujours douter de la capacité du pays à renouer avec un dynamisme solide, selon les chiffres annoncés lundi par le gouvernement.

Sur la période allant d’octobre à décembre, le PIB a progressé de 0,6% en rythme trimestriel, ce qui représenterait potentiellement une cadence de 2,2% sur un an. Encore une fois déboussolés par les performances nippones, les analystes avaient cru pouvoir anticiper un rythme de croissance de 3,6%. Si les exportations ont connu, en glissement trimestriel, une hausse de 2,7% en valeur sur les trois derniers mois de 2014, les autres moteurs de la croissance ont été, eux, beaucoup moins efficaces.

Les investissements non résidentiels n’ont augmenté que de 0,1% entre le troisième et le quatrième trimestre quand la consommation, qui représente près de 60% du PIB, enregistrait une progression de seulement 0,3%, en glissement trimestriel, soit à peine plus que la hausse de 0,2% mesurée au cours du trimestre précédent quand les ménages étaient encore refroidis par le relèvement de 5 à 8% du taux de TVA.

Erosion continue du pouvoir d’achat

Pour expliquer cette timidité de la demande intérieure, les analystes pointent l’érosion continue du pouvoir d’achat des ménages, qui voient leurs revenus croître moins vite que l’inflation. Les entreprises ont accepté de légères hausses des salaires l’an dernier ou payé des bonus plus importants mais les foyers ont dû, dans le même temps, digérer la hausse de TVA et la dépréciation rapide du yen qui renchérit les prix de tous les produits importés.

«La confiance des consommateurs s’améliore rapidement», a tout de même assuré, ce matin, Akira Amari, le ministre de l’Economie. Il assure que les «Abenomics», du nom de la politique économique du gouvernement de Shinzo Abe, finiront par faire la preuve de leur pertinence.

Au Japon, une éclaircie, enfin, pour les «Abenomics»?

Moins enthousiastes, les économistes s’inquiètent de la santé du commerce extérieur japonais, qui pourrait à son tour caler si la situation ne s’améliorait pas en Europe et en Chine, où sont implantés nombre des clients des grands exportateurs japonais. Beaucoup revoient d’ailleurs à la baisse leurs perspectives de croissance pour l’année 2015 et estiment que la Banque du Japon va être contrainte d’accroître encore dans les prochains mois la taille de son programme d’assouplissement quantitatif pour tenter de soutenir l’activité.

«Les statistiques confirment que l’économie est sortie de sa phase la plus difficile mais nous ne pouvons pas nous montrer très optimistes pour le futur», a résumé Yasunari Ueno, l’économiste en chef de Mizuho Securities. Il évoque une croissance éventuelle de 1,5% sur l’année en cours. En 2014, la croissance a été nulle.