Conjoncture

Jean Pisani-Ferry dresse un premier bilan du quinquennat Macron

C’est l’homme derrière le programme économique du président français. Selon lui, la France a une chance unique de mener des réformes ambitieuses. Il donne une conférence mardi à Genève

La conjoncture économique européenne et mondiale aidant, la France a fini par tourner la page de la déprime née de la crise financière de 2007-2008, puis celle de la dette de 2010, et devrait connaître une croissance de 1,7 à 1,8% en 2017. Mais pour Jean Pisani-Ferry, l’homme derrière le programme du président Emmanuel Macron, il n’y a pas de quoi sabrer le champagne. «L’héritage favorable du précédent quinquennat et la bonne conjoncture actuelle devraient nous inciter à relever les nombreux défis qui subsistent», déclare-t-il.

Cet été, Jean Pisani-Ferry a préparé à la demande du premier ministre, Edouard Philippe, un grand plan d’investissement de 57 milliards d’euros dédié notamment aux projets liés aux compétences, à la transition écologique et à la modernisation de l’Etat, ce qui est l’un des projets phares du gouvernement français. Il est l’invité du Centre international des études monétaires et bancaires à Genève mardi prochain.

Sentiment d’insécurité

Selon Jean Pisani-Ferry, la compétitivité, le commerce extérieur, les finances publiques, le chômage et la précarité sont autant de domaines que la France doit redynamiser, notamment par des réformes.

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En réalité, l’ouvrage est déjà sur le métier. Notamment les réformes du marché du travail et la question des indemnités de licenciement. Le chantier de la réforme de la retraite sera bientôt ouvert. «Macron aurait pu opter pour la facilité et se contenter de récolter les fruits de la bonne conjoncture, explique l’économiste. Mais il a fait un autre choix. Nous devons montrer que nous sommes capables de mener des transformations d’ampleur et ambitieuses.»

Jean Pisani-Ferry affirme que les gouvernements qui se sont succédé partageaient une aspiration à réformer et à transformer le pays, mais qu’ils ont procédé par petites touches. «Entre 2002 et 2017, on a modifié le Code du travail plus de cinquante fois, en moyenne une fois par trimestre. En donnant l’impression que les règles changent tout le temps, ils ont fini par créer un sentiment d’insécurité.»

Le taux d’imposition le plus élevé

La création d’emplois en France reste une priorité pour le gouvernement Macron. L’Etat entend investir au moins 10 milliards d’euros pour encourager les start-up et l’innovation. «Oui. Mais ce n’est pas LA piste, explique Jean Pisani-Ferry. Il faut raison garder, car ce n’est pas un secteur qui va créer de nouvelles places de travail de façon massive.» Toutefois, selon lui, ce secteur peut témoigner du dynamisme, de l’esprit d’initiative dans le pays. Il invite à s’attaquer aux problèmes inhérents à l’économie française qui freinent l’initiative: accès aux marchés, financement des projets, fiscalité. En matière de fiscalité, par exemple, la France est le pays dont le taux d’imposition est le plus élevé au sein de l’Union européenne, devant le Danemark et la Belgique. C’est en France aussi que les cotisations sociales sont les plus élevées (18,8%), devant l’Allemagne (16,7%).

«Une période charnière»

Jean Pisani-Ferry a aussi le regard tourné vers l’Europe. «Le président Macron s’est clairement prononcé en faveur d’une politique de rupture, dit-il. Ses propositions ont besoin d’être affûtées et discutées en vue d’un consensus. Mais il ne se contentera pas de trouver quelques ajustements ou des compromis sans ambition.» L’économiste français pense particulièrement aux domaines tels que les réformes de la zone euro, l’énergie, la défense et la sécurité, les réfugiés. Et d’ajouter: «Nous sommes dans une période charnière parce qu’il y a des doutes et des inquiétudes au sein des populations.»

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Le Français met en garde contre les risques de marginalisation de l’UE sur la scène internationale. Il fait noter que la Chine a réuni le mois dernier 16 pays d’Europe centrale et orientale dans le format dit 16+1 à Budapest et que les autorités européennes n’ont même pas été invitées. «Le signal est clair; l’UE peut ne pas exister», dit-il. Dans le même registre et selon lui, les Etats-Unis du président Donald Trump n’aiment pas trop l’Union et, quant à la Russie, son président, Vladimir Poutine, montre ouvertement une attitude hostile à l’UE. Selon lui, l’Europe doit s’affirmer dans les domaines où elle est une puissance et où elle maîtrise l’agenda. En politique climatique ou en réglementation financière, par exemple.

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