Horlogerie

Jean-Christophe Babin: «Une montre connectée «100% suisse» à Baselworld»

Le grand écart entre montres joaillières et connectées n’inquiète pas le moins du monde le patron de Bulgari. Cette smartwatch sera 100% suisse et permettra de stocker des données encryptées, promet Jean-Christophe Babin

Une montre connectée «100% suisse» à Baselworld»

Le Temps: Comment se profile Baselworld, qui débute le 19 mars?

Jean-Christophe Babin: Bulgari célèbre les 40 ans de la collection Bulgari Bulgari. Nous allons repuiser dans ses caractéristiques atypiques, avec par exemple une nouvelle version du modèle Diagono, son expression la plus sportive. Ce sera l’occasion de mieux se profiler dans la montre homme. Et il est possible qu’un prototype de montre connectée soit présenté.

– Bulgari se lance aussi dans la smartwatch?

– Ce sera un concept unique et 100% Suisse. Elle gardera toute la noblesse de la belle mécanique suisse, avec un mouvement Bulgari, mais permettra de stocker des données lconfidentielles, encryptées, d’ouvrir une porte de maison ou d’effectuer un règlement bancaire sécurisé. C’est un coffre-fort de poignet. C’est très très Suisse comme concept. Et ce pas un gadget!

– La connotation joaillière de Bulgari n’est-elle pas à l’opposé de celle de la montre connectée?

– Il ne faut pas être sectaire. Dans le luxe, ou dans la mode en général, la tendance est de plus en plus au «mix&match», aux mariages entre pièces de collection et produits de grands distributeurs.

– Cela ressemble à de l’opportunisme…

– On se doit d’intégrer des fonctionnalités qui vont se démocratiser. Mieux vaut assez tôt que trop tard.

– L’horlogerie vit-elle une révolution?

– Disons une transformation importante que l’on ne peut pas ignorer. Au même titre que celle qui a vu Ferrari ou Maserati finir par intégrer de la technologie informatique dans la noblesse automobile. Une noblesse qui, souvenons-nous, a longtemps tenu à leur carburateur.

– Qu’allez-vous entreprendre en 2015 pour atténuer l’effet du franc fort?

– Nous réalisons un grand travail de réingénierie de nos collections, avec de nouvelles déclinaisons. Sans faire de sacrifice sur l’esthétique et la qualité, nous réfléchissons à réduire les coûts de réingénierie et à identifier d’éventuels trop-pleins de valeur ajoutée. Ces démarches se sont accélérées depuis la décision de la BNS.

– Allez-vous, comme d’autres horlogers, recourir au chômage partiel?

– Nous avons produit davantage de montres en 2014 qu’en 2013. Ce sera aussi le cas en 2015. Donc nous ne sommes pas vraiment concernés par cette question.

– Vous ne craignez pas une situation de sur-offre?

– Dans nos boutiques en propre, la croissance du sell out (ventes aux consommateurs, ndlr) est très forte. Chez les détaillants multimarques, par contre, les stocks sont importants. Mais cette situation prévaut depuis 2013 dans le secteur en général. Depuis l’arrivée du nouveau gouvernement chinois et de sa politique de lutte contre la corruption.

– Quelles en sont les conséquences?

– Les détaillants sont plus réticents à acheter des nouveautés. Les horlogers doivent donc les aider à accélérer les ventes des modèles déjà livrés.

– Comment procédez-vous?

– L’enjeu, c’est le micro-marketing auprès des détaillants. Nous formons mieux les vendeurs et améliorons leurs incitations financières, cherchons à mieux mettre en valeur les espaces horlogers dans les boutiques, à adapter l’assortiment en fonction du profil des clients des surfaces de vente. Globalement, nous avons aussi triplé les investissements en marketing horloger, depuis 2011.

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