C’est un concentré de haute technologie dans un écrin de verdure. Il y a vingt-cinq ans, la multinationale belge UCB, active dans le secteur biopharmaceutique, s’implantait dans la zone industrielle de Planchy, à Bulle (FR), face au Moléson. De 40 employés en 1996, le site est passé à 550 aujourd’hui. Plus de 600 millions de francs ont été investis en Gruyère pour le développement des installations où sont fabriqués des médicaments contre les troubles neurologiques, immunologiques et les allergies. Pour cet anniversaire, Jean-Christophe Tellier, le directeur général du groupe depuis 2015, a fait jeudi le déplacement de Bruxelles.

Le Temps: Votre société célèbre, ce jeudi, 25 ans de présence en Suisse, à Bulle. Que représente le site gruérien dans la galaxie d’une multinationale active dans une quarantaine de pays?

Jean-Christophe Tellier: Il faut le rappeler, Bulle est l’un de nos deux principaux sites de production. C’est donc un lieu stratégique. Il couvre les différentes facettes de l’entreprise et a évolué avec elle. Tout a commencé en 1996 avec la fabrication de médicaments dans le domaine des allergies, le fer de lance historique de la société, avant que ne débute celle du Keppra, un antiépileptique. En 2014, nous inaugurions ici un centre de biotechnologie produisant le Cimzia, actif contre les rhumatismes inflammatoires.

A l’époque, pourquoi être venu vous implanter en Gruyère, loin des centres de la pharma que sont Bâle ou Genève?

Pour être franc, je ne connais pas l’historique. Mais, avec le recul, je peux vous confirmer que c’était un très bon choix. Il y a ici une réelle qualité de vie, dans une région finalement très connectée et pas si éloignée de Genève. La décision de nous installer en Suisse était une évidence. C’est un pays par nature très accueillant pour l’industrie pharmaceutique. Il y a ici un environnement soutenant l’innovation, ce qui demeure la clé du succès à long terme pour une entreprise comme la nôtre. Un autre élément, c’est l’accès à un pool de talents importants. Sur le site de Bulle, nous comptons pas moins de 25 nationalités.

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Pourtant, récemment, la direction d’UCB à Bulle faisait part de sa difficulté à trouver du personnel dans les biotechnologies…

Ce n’est plus aussi facile qu’avant, certes. Mais la Suisse demeure un pays qui continue à développer ses talents. Il y a aussi ici une forme de stabilité. Entre le moment, par exemple, où nous avons décidé de construire le centre de biotechnologie de Bulle et le moment où il est devenu opérationnel, il s’est écoulé plusieurs années. Un tel investissement [300 millions de francs, ndlr] nécessite une visibilité à long terme.

Cette visibilité a été complètement brouillée par le Covid-19. Quel a été l’impact de la pandémie sur votre société?

La première préoccupation n’est pas spécifique à notre branche. Dans la phase aiguë de la pandémie, il a fallu en priorité protéger nos collaborateurs. Par chance, nous avons pu continuer à produire nos médicaments, y compris en Chine. Aucun site n’a dû être fermé. Nous travaillons sur des maladies chroniques, il était donc essentiel que nos patients puissent continuer à recevoir leur traitement. Par contre, des essais cliniques ont été suspendus. Nous ne voulions pas rajouter du risque au risque. Ils ont repris depuis.

Le covid aurait-il pu représenter une opportunité pour UCB?

Non, nous ne sommes pas actifs dans les antiviraux, ni les dans les vaccins, qui demeurent des domaines très spécifiques. Ce n’est pas dans notre savoir-faire, centré sur la neurologie et l’immuno-inflammation. Nous avons participé à l’effort collectif à notre manière, en produisant du gel hydroalcoolique à Bulle, ou en élaborant des tests pour le gouvernement belge. Le plus important, à mes yeux, c’est que ces turbulences ont démontré notre valeur.

Dans quel sens?

Il y a parfois des doutes sur la capacité de l’industrie pharmaceutique à servir la société. Ces dix-huit derniers mois l’ont démontré. En peu de temps, nous avons été capables de connaître le virus et de produire un vaccin à large échelle avec une technologie novatrice, l’ARN messager. Imaginez l’année 2021 sans la vaccination… Notre réalité serait bien différente.

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Votre nom, UCB, est le sigle d’Union chimique belge, un nom qui ne correspond plus à l’entreprise. Pourquoi ne pas en avoir changé?

UCB, c’est la marque de notre compagnie, le nom donné par le fondateur, Emmanuel Janssen, il y a un peu plus de 90 ans. Sa famille est d’ailleurs toujours présente dans notre actionnariat, à hauteur de 35%, via une holding. Elle y est attachée.

Question plus personnelle, comment un médecin devient-il patron d’une firme pharmaceutique?

J’ai vécu ce passage comme une continuité. Au lieu de m’occuper d’un patient à la fois, j’essaie aujourd’hui de découvrir des traitements qui permettront dans le futur de traiter une population entière de patients. A UCB, nous menons actuellement pas moins de six essais cliniques de phase 3, proches de l’homologation. Je pense qu’il y a un tropisme naturel du médecin à aller vers le patient, qui est le client de notre industrie.

En ce jour de 25e anniversaire, qu’allez-vous dire à vos équipes?

Je vais les remercier et les féliciter. J’aimerais encore préciser qu'UCB Bulle a été la première société de la branche pharmaceutique en Suisse à être certifiée Equal-salary, avec sa politique d’égalité des salaires entre hommes et femmes. C’est assez révélateur de qui nous sommes.