Jean-Claude Juncker détaille son plan à 315 milliards pour relancer l’Europe

Union européenne Le plan d’investissement a été dévoilé mardi

L’argent proviendra avant tout du secteur privé et sera notamment investi dans le numérique et l’énergie

C’est ce mercredi matin, à 8 heures très précises, que Jean-Claude Juncker présente officiellement – c’est finalement beaucoup plus tôt que prévu – son plan d’investissement. Il le fera devant le Parlement européen, l’assemblée devant laquelle il avait promis en juillet dernier que le premier grand projet de sa Commission consistera en un plan qui mobilisera 300 milliards d’euros d’argent public et privé pour relancer «la croissance et l’emploi».

Mardi, les équipes de Juncker et des commissaires en charge ont dévoilé aux journalistes les détails du plan, en préannonce au discours plus politique du président de la Commission, ce mercredi matin.

D’où viendra l’argent? C’est évidemment la question centrale. L’objectif est de mobiliser un surcroît d’investissements dans l’économie réelle, en allant les chercher dans le secteur privé. «Nous sommes dans une situation très différente d’il y a trois ans, où les liquidités manquaient sur le marché. Aujourd’hui, il y a beaucoup de liquidités sur les marchés, mais les investisseurs ne veulent pas y aller en premier niveau de risque», poursuit notre source.

Et les proches du dossier chantent sur tous les tons que «la question de savoir s’il y aura beaucoup d’argent public dans cette entreprise ne se pose pas vraiment». Il est vrai qu’elle ne se pose plus depuis qu’il s’est avéré impossible de trouver auprès des Etats ou de l’UE la centaine de milliards frais espérés lorsque Jean-Claude Juncker avait annoncé l’idée d’un plan d’investissement. Les 315 milliards proviendront donc du privé, mais seront actionnés par des garanties ou des mises de départ publiques. En l’occurrence: 21 milliards d’euros. 16 milliards d’euros, au titre de garantie, proviendront du budget existant de l’Union européenne. Seule la moitié de cette somme est identifiée à l’heure actuelle: elle proviendra du budget du programme Connecting Europe (3,3 milliards), d’Horizon 2020 (2,7 milliards) et des réserves non utilisées (2 milliards). Les 8 autres milliards seront constitués progressivement. Enfin, les 5 milliards d’euros restants seront amenés par la Banque européenne d’investissement (BEI).

Ces 21 milliards apportés en garantie à un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques lui permettront, selon les concepteurs, de développer une capacité de financement de 63 milliards d’euros. Soit un effet de levier de 1 à 3. Dans un second temps, le FEIS (Fonds européen pour les investissements stratégiques) lèvera sur cette base des fonds sur les marchés: avec un effet de levier escompté de 1 à 5, ces 65 milliards permettront donc de lever 315 milliards d’euros. Cela fait tout de même un effet de levier peu banal de 1 à 15, qui ne manquera pas d’intriguer les financiers.

Cette mécanique évitera donc de devoir recourir aux Etats. Mais il est prévu que ceux-ci pourront participer au plan. Soit en apportant de l’argent directement dans le FEIS. Dans ce cas, la Commission annonce qu’elle «considérera de manière favorable de tels apports». En clair: ces investissements pourront ne pas être pris en compte dans le calcul des déficits des gouvernements. Ce qui ne sera pas le cas si, autre option qui s’offre à eux, les Etats investissent directement dans des projets, notamment parce qu’ils souhaitaient soutenir des projets nationaux.

Le plan à 315 milliards ne doit pas se limiter à la seule question de l’argent. C’est le premier volet, mais il est conditionné aux deux autres. Le second volet du plan tiendra dans la mise en place d’un véritable pipeline de projets, dont le flux sera plus permanent qu’actuellement. On se plaint effectivement souvent qu’en Europe, ce sont les projets sérieux et viables qui font défaut.

La création de ce pipeline de projets servira aussi, au-delà du plan lui-même, à dynamiser le développement de grands projets européens contribuant à la croissance, dans les secteurs d’avenir dont tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire qu’il s’agit de l’énergie, du numérique, et des secteurs innovants.

Enfin, le troisième volet consistera à supprimer les obstacles réglementaires, en particulier dans des secteurs spécifiques, dont l’énergie ou les télécoms, où le marché unique est loin d’être achevé (du fait des Etats jaloux de leur influence sur ces secteurs, faut-il le préciser?).

Qui gérera le FEIS et qui ­choisira les projets? La gestion même du FEIS, qui sera intégré à la BEI, sera assurée par un organe de direction spécifique. Les choix des projets soutenus par le fonds seront en revanche effectués par un comité indépendant, constitué de professionnels et non de fonctionnaires, afin d’éviter toute interférence politique. Ils devront en particulier s’assurer à la fois que les projets choisis sont utiles à l’économie, rentables, mais qu’ils ne peuvent être financés par les systèmes de financement, publics ou privés, actuels.

Il y aura un effet de levier peu banal de 1 à 15, qui ne manquera pas d’intriguer les financiers