Fiscalité

Jean-Claude Juncker de nouveau accusé dans l’affaire LuxLeaks

Le président de la Commission aurait joué un rôle pour attirer le géant américain Amazon au Luxembourg

Jean-Claude Juncker de nouveau accusé

Pas simple pour Jean-Claude Juncker de tourner la page des LuxLeaks. Juste après la deuxième vague de ces révélations, qui confirment l’ampleur du système mis en place par le Luxembourg pour attirer les multinationales en ne leur faisant presque pas payer d’impôts, l’ex-premier ministre du Grand-Duché (entre 1995 et 2013), aujourd’hui président de la Commission européenne, affronte de nouvelles informations gênantes.

Dans une interview au journal luxembourgeois Lëtzebuerger Land datant d’août, reprise ces derniers jours par des médias britanniques, Bob Comfort, ex-responsable fiscalité d’Amazon, affirme que Jean-Claude Juncker s’impliquait dans les négociations avec les multinationales. Quand il s’est agi de négocier l’implantation du géant américain, Bob Comfort explique: «Notre équipe traitait surtout avec le directeur général du Ministère des finances, Gaston Reinesch, et avec Jean-Paul Zens, le directeur du service médias […]. Nous avons aussi rencontré le premier ministre une ou deux fois. Son message était: si vous rencontrez un problème que vous pensez ne pas pouvoir résoudre, revenez me voir. J’essayerai de vous aider.»

Accords facilités

Ces déclarations peuvent conforter l’idée que, contrairement à certaines de ses affirmations, l’ancien premier ministre luxembourgeois a suivi de très près, voire facilité les accords avec des multinationales, mais elles n’étonnent pas les bons connaisseurs du pays. Jean-Claude Juncker n’a jamais caché son ambition: favoriser le maintien de l’insolente prospérité de son pays. Alors que son industrie sidérurgique s’effondrait, le Grand-Duché voulait développer d’autres activités, la logistique, l’audiovisuel, mais surtout sa place financière.

«Affaibli»

Dans une récente interview à Libération , Jean-Claude Juncker s’est dit en partie «affaibli» par les LuxLeaks, mais il dispose encore d’un fort soutien politique. Au Parlement, les conservateurs et les sociaux-démocrates le soutiennent, et il n’est pas contesté par les libéraux.

Les Verts ont tenté de pousser pour l’ouverture d’une commission d’enquête mais n’ont pas le nombre suffisant de signatures. Et ils disent préférer un président qui, contraint et forcé, pourrait lancer des réformes plutôt qu’une crise ouverte qui renforcerait le camp des eurosceptiques. Dans les capitales européennes, personne ne s’est risqué à lui jeter la pierre. «On considère que c’est injuste: le Luxembourg est loin d’être le seul à permettre aux multinationales de payer très peu d’impôts. Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Irlande sont aussi connus pour cela», souligne une source européenne de haut niveau.

Jean-Claude Juncker n’est donc pas menacé. A condition qu’il tienne sa promesse de lutter contre les abus de l’évasion et de la fraude fiscale.

Il a demandé au commissaire Pierre Moscovici de préparer une directive sur l’échange automatique et obligatoire des «rulings» (accords entre les groupes et les administrations fiscales), et de faire avancer un autre texte pour harmoniser les assiettes fiscales des entreprises.

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