Les ministres des Finances européens tenteront encore, dimanche, de s'entendre sur une réforme du Pacte de stabilité et de croissance. Mais hier, face à la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Jean-Claude Trichet prenait les devants, lançant de virulentes mises en garde.

Pour le directeur de la Banque centrale européenne (BCE), il ne faut pas assouplir la procédure existante. Elle oblige les Etats dont les déficits dépassent 3% de leur PIB à redresser la barre et, s'ils ne réagissent pas, les expose à des sanctions. Or, c'est précisément de cette question que débattent encore les gouvernements européens, divisés entre vertueux et partisans de la souplesse.

Dans cette réforme du pacte, on est déjà convenu, ce qu'approuve Jean-Claude Trichet, que les Etats fassent des réserves en période de haute conjoncture. Mais la liste de critères particuliers – réformes structurelles coûteuses ou dépenses publiques extraordinaires – qui pourraient autoriser des Etats à dépasser les 3% sans encourir de foudres immédiates, pose des problèmes au banquier responsable de l'euro.

Interrogé sur cette liste où l'Allemagne voudrait notamment voir figurer le coût de sa réunification, Jean-Claude Trichet refuse d'entrer en matière: «Nous demandons qu'il n'y ait pas de changements», plaide-t-il. «Une des choses les plus importantes qui a été dite», dans le débat sur la réforme du pacte, «c'est qu'il faut que les règles soient les mêmes pour tous», dit-il. «Nous aurions beaucoup trop de marge de manœuvre pour des règles faites sur mesure.»

«La donne totalement changée»

Et de prévenir que si la réforme évolue – comme le souhaitent la France et l'Allemagne – vers une souplesse accrue, «la donne sera totalement changée pour» la BCE qui devra continuer à assurer la stabilité des prix. A un député qui l'interpelle sur le fait que, malgré la vigueur des débats sur le pacte, l'euro n'a pas faibli, Jean-Claude Trichet rétorque: «Les marchés peuvent accumuler des tensions et ensuite réagir.»

Par ailleurs, la BCE a publié hier par communiqué ses résultats pour l'an passé: sa perte nette s'est creusée à 1,636 milliard d'euros à cause de l'euro fort, après une perte de 477 millions en 2003. Elle avait connu en 1999 un trou de 247,3 millions d'euros. En 2002, elle dégageait néanmoins un bénéfice de 1,22 milliard.