Plus d'une centaine d'employés rassemblés, un orchestre qui joue de la musique contemporaine, un discours sur trente ans de carrière universitaire, huit ans à la Bundesbank et autant à la Banque centrale européenne (BCE). Raconté par Le Monde en début de semaine, le départ du très respecté et influent chef économiste de l'Eurotower marque la fin d'une époque.

Otmar Issing a profondément marqué la jeune BCE, créée en 1998, et qu'il quitte effectivement ce jeudi. Membre du directoire, qui décide des taux d'intérêt directeurs avec les banques centrales nationales de la zone euro, il a défini sa politique sur «deux piliers», la surveillance de l'évolution des prix et de la masse monétaire.

La réputation d'intransigeance sur l'inflation au détriment de la croissance de la BCE doit beaucoup à cet Allemand de 70 ans, régulièrement qualifié de «jésuite monétariste» ou de «super-faucon». Sa rigueur a aussi donné du crédit à une institution dont beaucoup craignaient que le président, le Français Jean-Claude Trichet, ne cède aux pressions politiques.

Son successeur, un autre Allemand, ne risque pas de faire souffler un vent keynésien à Francfort. Jürgen Stark, 58 ans, est volontier taxé de «maniaque de la stabilité» des prix. Actuel vice-président de la Banque centrale allemande, ce proche de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) déclarait en avril dernier, à l'occasion d'une audition formelle devant le Parlement européen, que «la guerre contre l'inflation» était sa première priorité.

Nommé par les chefs d'Etat ou de gouvernement des pays de la zone euro, il ne devrait toutefois pas reprendre la division Economie et recherche d'Otmar Issing, qui formulait en outre chaque mois une recommandation sur les taux. Selon plusieurs observateurs, ses responsabilités seraient divisées. Le Grec Lucas Papademos, vice-président, reprendrait notamment les études économiques.

Cette réorganisation renforcera mécaniquement le poids de Jean-Claude Trichet, 63 ans, qui devient le plus expérimenté des six membres du directoire. En outre, le Français rappelle régulièrement que la BCE ne parle que d'une seule voix, sous-entendue la sienne, alors que son prédécesseur, feu Wim Duisenberg, laissait plus de marge de manœuvre à ses collègues.

Reste que la stricte politique des deux piliers ne lui laisse que peu d'espace pour suivre un autre chemin que celui tracé par Otmar Issing. Et ce n'est pas Jürgen Stark qui devrait l'en faire dévier.