«Nous voulions être chez nous, avoir désormais notre point d'ancrage horloger.» Jean-Louis Dumas, patron du Groupe Hermes, résume en une phrase l'évolution des activités horlogères de la prestigieuse maison, qui inaugurait jeudi à Bienne ses nouveaux bâtiments. Elle donne également la tonalité de la trajectoire qu'Hermes entend suivre dans l'avenir: ces ateliers – architecture contemporaine largement ouverte par ses

surfaces vitrées – accueillent aujourd'hui la cinquantaine de collaborateurs actifs dans le secteur des montres. «Nous nous sommes engagés sur le long terme», commente Jean-Louis Dumas. Ainsi, l'effectif pourrait doubler sous le même toit en cas de besoin. Et, sait-on jamais, la prévoyante Hermes a acquis une seconde parcelle attenante. C'est que la marque, ou plutôt la signature, comme le précise Jean-Louis Dumas, va son bonhomme de chemin depuis son entrée en horlogerie, voici une vingtaine d'années. Alors qu'elle produisait 50 000 pièces il y a cinq ans, Hermes a frisé les 140 000 unités en 1998, soit un volume d'affaires de l'ordre de 120 millions de francs. Il correspond au 10% du chiffre d'affaires global réalisé par le groupe en 1998 à hauteur de 5,034 milliards de francs français (1,26 milliard de francs suisses environ) dans lequel le cuir s'adjuge quant à lui 25%, suivi par les soieries (22%), le prêt-à-porter (14%), les parfums (6%) et les arts de la table (5%). Les activités recensées sous les autres métiers s'en adjugent 12%, les autres produits 6% (peausserie, textile, sous-traitance parfums). De visibilité internationale, la société réalise 46% de ses ventes en Europe (27% pour la France uniquement), 24% au Japon, 15% sur les Amériques, 10% en Asie/Pacifique. Le reste du monde s'adjuge les 5% restant.

La perception d'Hermes se ramène fréquemment au cuir et à ses célébrissimes carrés de soie. Le groupe, de fait, s'est largement diversifié au fil des années pour se déployer aujourd'hui dans 14 familles de produits au total. «Nous ne cherchons pas à contrôler les tendances et les courants, explique Jean-Louis Dumas. Nous sommes au service de la mémoire de nos clients, c'est pourquoi nous ne visons qu'à être justes dans notre style. Lorsque nous créons un nouveau produit, chez Hermes, nous le sanctionnons à vrai dire très simplement. Il est, ou n'est pas Hermes. C'est tout.»

Le discours évacue en apparence l'approche marketing serrée que toute nouvelle création présuppose en amont dans un univers – le luxe – à la fois difficilement cernable mais à coup sûr disputé. Aux yeux de Jean-Louis Dumas, «il n'est rien de plus concret que le client Hermes, car lui seul est notre véritable patron, face auquel nous nous engageons lorsque nous signons un objet du nom d'Hermes. Nous ne pouvons donc pas signer n'importe quoi!» La réflexion amène le patron du groupe à remarquer que «nous ne prêtons que peu attention aux tendances et aux modes». «Prenez le cas de l'acier dans l'horlogerie aujourd'hui: tout le monde y recourt! Nous, nous l'avons d'emblée utilisé lors de notre démarrage dans ce secteur.»

La Montre Hermes relève-t-elle de l'horlogerie, ou au contraire du produit de mode portant une signature universellement reconnue? Jean-Louis Dumas: «Nous sommes naturellement devenus des horlogers, le nouveau bâtiment en atteste. Tous nos objets doivent satisfaire à leurs fonctions. Une montre doit donc indiquer l'heure, c'est notre priorité. Je dirais qu'Hermes a apporté son écriture à la montre, une écriture qui n'était auparavant pas subordonnée à la fonction ou au cœur de la montre, comme c'est le cas pour les grandes maisons horlogères suisses. Le quartz, fiable et de peu d'encombrement, nous l'a autorisé. Aujourd'hui, Hermes se dirige gentiment vers l'or et la montre mécanique à remontage automatique.»

Dans l'immédiat, le nouveau modèle présenté prochainement à Bâle et baptisé Espace fait la part belle aux technologies électroniques les plus avancées. Il est muni du mouvement développé par ETA et qui équipe l'Omega X-33 présentée l'an dernier. Multifonctions, la pièce à double affichage analogique et digital témoigne de la volonté d'Hermes de ne pas se cantonner aux icônes du passé qui continuent encore aujourd'hui à cultiver sa légende. Ainsi par exemple des sacs Hermes, pour lesquels le délai d'attente au Japon est de cinq ans!