Suisse 4.0

Jean-Marc Hensch: «Le recyclage de l’électronique est encore trop complexe pour les robots»

De plus en plus de machines s’occupent de tri des déchets, de plus ou moins grande envergure. Mais pour les ordinateurs et téléphones portables, les produits sont trop hétérogènes pour que le tri soit automatisé, estime le directeur de Swico Recycling

Il est encore trop tôt pour voir déambuler des robots triant des appareils électroniques, estime Jean-Marc Hensch, directeur de Swico Recycling. Pour le responsable de l’organisme qui gère la reprise des appareils électriques et électroniques pour le compte de 500 producteurs, les produits sont encore trop hétérogènes.

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Le Temps: Les centres de tri des déchets s’automatisent, des robots sont fabriqués pour effectuer le ramassage ou le recyclage. Le recyclage des appareils électroniques se robotise-t-il aussi?

Jean-Marc Hensch: Des robots sont utilisés pour le recyclage des appareils électroniques, mais pas en Suisse. Il s’agit surtout de projets et de recherches. La robotisation est d’abord intéressante pour des matériaux très homogènes, comme le verre ou le papier, et de taille similaire. Or, c’est tout le contraire dans l’électronique. La taille peut varier d’une salle entière – pour des ordinateurs de stockage – à un produit beaucoup plus petit, comme un téléphone portable. Des produits, qui, en outre, incluent des composants et des matériaux extrêmement différents. Il est donc bien plus complexe de robotiser ce travail.

– La technologie ne sera-t-elle jamais au point dans ce domaine?

– Des innovations apparaissent continuellement et nous les suivons de très près. Mais la Suisse étant un pays riche, des objets très différents sont utilisés, cela rend la tâche d’un robot encore plus compliquée. Il faut aussi évaluer le gain écologique: est-ce qu’utiliser une machine va nécessiter plus ou moins d’énergie et de ressources que de trier manuellement? Tant qu’elle a besoin de plus de ressources, cela n’a aucun sens.

– Le potentiel d’économies ne serait-il pas intéressant?

– A ce stade, non, on perdrait beaucoup d’argent. Le marché suisse est trop petit face aux investissements qui seraient nécessaires. Il faut aussi tenir compte d’un autre élément: en Suisse, le recyclage est effectué via des programmes sociaux, ateliers protégés ou de réinsertion, à qui on ne pourrait plus proposer de travail.

La robotisation est intéressante pour des matériaux très homogènes. Or, c’est tout le contraire dans l’électronique

– Quid de la dangerosité de cette tâche?

– Les règles et l’encadrement sont très stricts et la partie la plus risquée, le traitement des batteries au lithium, se fait à part. Le reste n’est pas nécessairement propre, mais pas dangereux non plus.

– Apple a créé un robot capable de démonter et de recycler toutes les pièces des iPhone…

– Un producteur peut fabriquer un robot qui correspond à son produit et qui ensuite effectuera toujours la même tâche. C’est justement un cas où l’homogénéité est suffisante pour automatiser le recyclage. Mais si on se trouve dans une déchetterie, on devra s’occuper aussi bien d’un vieux Nokia 3210 que d’un iPhone X, qui aurait été endommagé. La masse de produits différents est gigantesque. Nous sommes encore loin du moment où un robot pourra se charger de tout.

– Dans le cas d’Apple, c’est le producteur qui s’occupe directement du recyclage. Qu’en pensez-vous?

– C’est aussi le cas pour de très gros ordinateurs, où le fabricant récupère des parties qu’il pourra réutiliser. Mais si cela se développait pour des biens de consommation, ce serait un pas en arrière. Aujourd’hui, les Suisses peuvent déposer leurs produits électroniques usagés dans 6000 endroits. Si les consommateurs devaient les remettre directement à l’entreprise, le risque qu’ils ne se donnent plus la peine de recycler serait grand.

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