Jean-Paul Clozel s’est longtemps époumoné à dire non. Le fondateur et directeur général d’Actelion a toujours refusé de céder sa société à ceux qui la prenaient pour cible.

Aujourd’hui, le couple Clozel – son épouse Martine travaille à ses côtés – semble vouloir lâcher du lest sur la question. Après Johnson & Johnson (J&J), c’est désormais au tour du groupe français Sanofi de négocier «en vue d’une éventuelle transaction stratégique», selon une déclaration d’Actelion, mercredi. Un communiqué de presse qui annonçait aussi la fin de discussions engagées avec J&J quelques semaines plus tôt.

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Aujourd’hui, la question qui se pose n’est pas tellement de savoir pourquoi la biotech bâloise est une cible de choix pour ces grandes sociétés pharmaceutiques. Au fil des ans, la société fondée en 1997 s’est imposée comme la grande spécialiste européenne des maladies pulmonaires. Les molécules sur lesquelles le couple Clozel avait commencé à travailler chez Roche, où tous deux travaillaient, ont notamment donné naissance au Tracleer. A lui seul, le traitement a déjà rapporté quelque 15 milliards de francs.

Aujourd’hui, Actelion emploie quelque 2500 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards de francs en 2015. Sa marge opérationnelle atteint 40%. Le brevet du Tracleer commencera à expirer en 2017, mais le nombre de médicaments en développement a augmenté et la société répète que la diversification de ses thérapies est bien lancée.

La principale inconnue est donc plutôt de comprendre pourquoi Jean-Paul Clozel semble plus ouvert à une revente lui qui, par le passé, s’y est toujours frontalement opposé. Le fonds spéculatif Elliot, en 2011, puis le groupe Shire, en 2015, font partie de ceux qui ont échoué à s’emparer d’Actelion. En 2011 pourtant, la chute du cours de l’action en avait fait une proie plus facile à atteindre. Et malgré les vagues successives de consolidation dans le secteur pharmaceutique, la société est toujours parvenue à rester indépendante.

L’indépendance avant tout

Pas plus tard que le mois dernier, le cardiologue français de 61 ans, qui possède 5% du capital, répétait son immuable position, à l’agence Bloomberg: «Je ne vois pas pourquoi je devrais vendre […] Ce n’est pas une question d’argent. Nous en avons déjà suffisamment».

Cela ne semble effectivement pas être une affaire de prix. J&J était prêt à débourser près de 27 milliards de dollars pour Actelion. Soit environ quinze fois son chiffre d’affaires annuel et une prime de 60%, pour les actionnaires.

En fait, ce serait plutôt une question d’affinités. «Sanofi a une culture d’entreprise plus proche de celle d’Actelion que J&J», signale Stefan Schneider. Raison pour laquelle l’analyste de la banque Vontobel estime que la probabilité d’une transaction avec le groupe français est plus élevée. Mais pas d’une vente pure et simple, selon lui: «Je pense que Sanofi serait plus ouvert que J&J à une opération originale, une transaction qui sorte des sentiers battus».

De quel genre? «C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre, poursuit Stefan Schneider. Jean-Paul Clozel souhaite probablement conserver une sorte d’indépendance et de liberté dans la recherche et le développement, alors que Sanofi, de son côté, a besoin de croissance.»

Dans le milieu, on considère en fait que les Clozel n’ont pas le choix – d’autres actionnaires étant aussi concernés. Selon un proche cité par Les Echos, un refus ferme et définitif les exposerait à une tentative de rachat hostile. D’où leur idée de négocier un montage à l’amiable qui leur permettrait de garder le contrôle.

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