Ce fut l'un des premiers employés de Microsoft en Europe. Depuis 23 ans chez l'entreprise, Jean-Philippe Courtois est aujourd'hui responsable du groupe pour tous les pays hormis les Etats-Unis.

Le Temps: Microsoft s'est récemment plié de façon définitive à l'amende de 497 millions d'euros infligée par la Commission européenne. Cela va-t-il modifier votre comportement?

Jean-Philippe Courtois: Microsoft a beaucoup appris de sa lutte avec la Commission européenne, qui a duré plus de sept ans. Cela nous pousse à formaliser beaucoup plus tout ce que nous faisons avec Windows, à éclaircir nos relations avec nos partenaires, les développeurs, nos concurrents et nos clients. Ces derniers ont le choix: ils peuvent utiliser Google pour leurs recherches sur le Net, RealPlayer pour écouter de la musique... Nous nous plions aux lois locales. Cela nous pousse aussi à être meilleurs, également face à nos concurrents les plus durs.

- Or face à vous, les logiciels libres gagnent du terrain...

- Ils nous poussent à innover davantage, notamment dans le domaine des serveurs. Linux est un concurrent très sérieux. Mais pour la première fois, de janvier à mars, notre croissance a été plus grande que Linux sur ce marché, selon IDC. Ce qui est remarquable vu notre part de marché plus importante. En Allemagne, le Bundestag vient d'ailleurs de quitter Linux pour Microsoft...

- Concernant les particuliers, Dell vend désormais des PC avec Ubuntu, et non Windows. Qu'en pensez-vous?

- Cela représente aujourd'hui nettement moins de 1% des PC. Avec Windows, il n'y a pour l'heure aucune raison de craindre ces systèmes basés sur des logiciels libres.

- Les entreprises migrent lentement de Windows XP à Vista. Cela vous inquiète-t-il?

- Pas du tout, les ventes sont conformes aux prévisions. Mais il est clair que la transition prend du temps, et que ce sont d'abord les petites entreprises qui l'effectuent. Les grandes le font surtout lors du renouvellement du parc de PC.

- Les particuliers, eux, s'inquiètent des problèmes d'incompatibilité avec plusieurs périphériques...

- Je le comprends, mais nous accomplissons un immense travail pour rendre Vista compatible avec deux millions de souris, caméras, scanners... Cela prend du temps, mais nous approchons chaque jour un peu plus des 100% de compatibilité.

- Revenons à la Commission européenne, qui n'apprécie pas le rachat de l'agence de publicité DoubleClick par Google. Qu'en pensez-vous?

- La publicité en ligne pèse 40 milliards de dollars, et croît de 25% par an. Il est donc normal que les autorités de régulation s'y intéressent, notamment pour que la sphère privée soit respectée. Microsoft est d'ailleurs très attentif à ce problème.

- Reste que Facebook, dont vous possédez une part, utilise des données de ses utilisateurs pour afficher des annonces très précises...

- Nous ne sommes que leur agence de publicité au niveau international, rien de plus.

- Windows reste cher et demeure, avec Office, la vache à lait de Microsoft.

- Lors de notre dernier trimestre, la croissance globale de notre chiffre d'affaires a été de 22%. Quelle autre société de 32 ans peut en dire autant? Bien sûr, Windows et Office sont très importants, mais les applications pour entreprises, les jeux et les logiciels en ligne croissent aussi très vite.

- Mais malgré tous vos efforts, Google reste très loin devant concernant la recherche, tant en terme de qualité que de parts de marché.

- Il nous a fallu dix ans pour créer Windows, il faut donc du temps... Nous poursuivons nos efforts, nos résultats s'améliorent, et nous réussissons à débaucher des talents. Notre but n'est pas de rejoindre nos concurrents, mais de les dépasser.