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Jeff Bezos parie sur l’agriculture du futur

Le fondateur d’Amazon fait partie d’un groupe qui vient d’investir 200 millions de dollars dans Plenty. Spécialiste de l’agriculture verticale, la start-up aurait un rendement 350 fois supérieur à une exploitation traditionnelle

La Silicon Valley vit avec la certitude que la technologie peut sauver le monde. Fidèle à cette foi, Plenty s’attaque à un défi majeur: nourrir la planète. La start-up, qui fêtera ses trois ans dans une semaine, a réussi à convaincre des milliardaires de haut vol qu’elle avait les moyens d’y arriver.

Lors d’une deuxième levée de fonds réalisée le mois dernier, un groupe d’investisseurs mené par le japonais SoftBank a misé 200 millions de dollars sur son projet, environ 192 millions de francs suisses.

«En combinant technologie et méthode d’agriculture optimale, Plenty cherche à cultiver une nourriture ultra-fraîche, riche en nutriments et accessible à tous via une production locale qui minimise les pertes liées au transport», a commenté dans un communiqué Masayoshi Son, patron de SoftBank. «Nous croyons que l’équipe de Plenty va réinventer le système agroalimentaire actuel pour améliorer la qualité de vie des gens», assure le texte.

Lire aussi: La Suisse anticipe le choc Amazon (23.06.2017)

Innovations Endeavors, le fonds d’investissement du patron d’Alphabet, Eric Schmidt, et Jeff Bezos à travers Bezos Expeditions font également partie de cette levée de fonds, la plus élevée de l’histoire de l’AgTech, surnom des start-up spécialisées dans l’agriculture. Ce n’est pas forcément un hasard pour Jeff Bezos sachant que son entreprise phare, Amazon, a acquis il y a quelques semaines la chaîne de supermarchés Whole Foods.

Des salades sur des tours de 6 mètres de haut

Plenty pratique l’agriculture verticale. Dans un ancien centre de distribution de produits électroniques reconverti en ferme urbaine au sud de San Francisco, des salades et du kale poussent sur des tours de 6 mètres de haut, éclairées frontalement par des LED. Matt Barnard, le fondateur de Plenty, a surnommé l’endroit la «cathédrale».

«Nous travaillons sur la technologie depuis une décennie», détaille une porte-parole. «Elle permet de faire pousser la plante verticalement, optimisant l’utilisation de l’eau», complète-t-elle. L’irrigation passe par la gravité, bien plus économe en énergie que le pompage. Les scientifiques de Plenty ont aussi trouvé un moyen de limiter la chaleur issue des lumières LED, indispensables pour compenser l’absence de soleil en intérieur.

Une grosse production sur un espace réduit

La start-up pourrait ainsi produire sur une petite surface autant que de vastes exploitations agricoles, le tout presque sans pesticides et en réduisant la consommation d’eau de 99%. Son rendement serait supérieur de 350% à une ferme traditionnelle.

L’objectif est de s’installer près des grandes villes. «Dans le système actuel, les produits frais passent des jours dans des camions ou des centres de distribution, assure la porte-parole. Le produit a été en quelque sorte optimisé pour résister à la chaîne d’approvisionnement. Ce qui se perd en chemin, c’est la fraîcheur parfaite, la couleur, le goût, les nutriments.»

Un marché de 6 milliards de dollars en 2022

En poussant à proximité des endroits où ils sont vendus, les produits pourraient se retrouver en rayon ou dans le chariot du consommateur quelques heures après leur récolte. Les premiers produits de Plenty sont attendus à un prix comparable à leurs équivalents bio cette année dans la région de San Francisco. Les 200 millions de dollars levés en juillet doivent financer l’expansion aux Etats-Unis et à l’international.

Plenty n’est pas seule sur un marché qui, au rythme d’une croissance annuelle de 25%, pourrait représenter 6 milliards de dollars d’ici à 2022, selon une étude de MarketsandMarkets. Dans le New Jersey, AeroFarms a levé plus de 60 millions de dollars. BrightFarms, Bowery ou Urban Produce près de Los Angeles sont autant de concurrents.

Une estimation de ce printemps: Amazon pourrait valoir mille milliards de dollars, selon Barclays

Les expériences passées invitent à la prudence

Si, sur le papier, l’indoor farming a tout de la solution idéale, le passé invite à la prudence. Confronté au coût de la main-d’œuvre, PodPonics à Atlanta a fait faillite en 2016. Les coûts ont aussi forcé FarmedHere à Chicago ou Local Garden et VertiCrop à Vancouver à mettre la clé sous la porte.

Certes, le prix des LED a baissé de 85% alors que leur efficacité a doublé. Mais l’agriculture verticale ne permet pas encore de tout cultiver. Plenty espère produire bientôt des fraises et des concombres. Google a renoncé en 2016 à l’un de ses projets baptisé «Moonshot»; la firme de Moutain View ne parvenait pas à faire pousser du riz.

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