Environnement

Jennifer Morgan: «Le plastique est pire que l’aviation»

Selon la directrice de Greenpeace, Jennifer Morgan, les emballages produisent plus de gaz à effet de serre que le transport aérien. Interview en marge de l’assemblée générale de Nestlé, où elle s’était invitée

Jennifer Morgan, directrice internationale de Greenpeace depuis 2016, est venue assister à l’assemblée générale du groupe Nestlé avec une idée en tête: prendre la parole pour dénoncer l’inaction de la multinationale face à la crise du plastique. Détentrice d’une action, elle s’est inscrite sur la liste pour pouvoir prononcer son discours. Nous l’avons rencontrée à l’extérieur du Palais de Beaulieu, où se déroule l’assemble générale, juste avant son entrée.

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Le Temps: Pourquoi réagissez-vous maintenant en ce qui concerne la pollution par le plastique?

Jennifer Morgan: Il suffit de regarder les photographies de nos océans pour se rendre compte de l’impact sur l’environnement qu’ont les millions de tonnes de plastique que l’on produit. Nous vivons une période critique et cela dure depuis trop longtemps. Les entreprises, mais aussi les gouvernements, doivent prendre des mesures. Nous avons besoin que Nestlé s’engage davantage pour réduire son utilisation, car le plastique entraîne d’autres problèmes environnementaux. Il provient de produits pétrochimiques et engendre plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’aviation. La nouveauté, c’est la prise de conscience des jeunes sur ce que nous leur laisserons, ou plutôt ce que nous ne leur laisserons pas. La culture de la surconsommation et du tout-jetable est problématique. Nous travaillons sur le plastique depuis des années, mais l’urgence de changer notre modèle économique se ressent particulièrement ces derniers mois et est devenue bien plus visible.

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Nestlé a communiqué en avril dernier sur sa volonté d’atteindre 100% de produits recyclés en 2025. La multinationale a même un institut chargé de repenser les emballages existants. Cet objectif vous semble-t-il atteignable?

L’enjeu pour Nestlé est de mettre en place un plan de réduction et de s’y tenir. Et l’entreprise pourrait faire ce grand pas en 2019! Elle pourrait aussi utiliser son institut pour développer un nouveau modèle économique afin que les clients puissent s’approvisionner en vrac et réutiliser leurs contenants. Elle doit prendre ses responsabilités face à ce problème. Ce que l’on voit, c’est qu’elle travaille avec de grands distributeurs pour tester une station de remplissage et peut-être arrêter de mettre du savon ou de l’eau en bouteille. Nous allons suivre ça de près, mais le plus important est qu’elle doit arrêter de participer à cette culture du tout-jetable.

Le plastique est utilisé pour conserver et protéger les aliments. Ne craignez-vous pas des problèmes sanitaires si l’on abandonne rapidement l’utilisation des emballages en plastique?

Il y a aussi des problèmes sanitaires et de santé dus à l’utilisation d’emballages en plastique. Regardez les études faites sur la salade en sachet, par exemple. Emballer tous nos produits n’est pas non plus la solution. De plus, beaucoup de fruits et de légumes possèdent déjà leur propre emballage naturel: leur peau. Ils n’ont pas réellement besoin d’une seconde peau en plastique.

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Avez-vous déjà demandé à rencontrer la direction de Nestlé pour échanger avec elle sur ces problèmes?

Nous avons été en contact avec le directeur du département Durabilité. Nous aimerions à présent avoir une réponse concernant nos demandes. Nous pouvons parler avec l’entreprise, mais nous avons besoin d’un réel engagement de sa part. Nous attendons qu’elle se positionne en vrai leader, car elle se présente ainsi sur son site internet. Mais ce n’est pas ce que j’appellerais du leadership.

Est-ce qu’utiliser des emballages réutilisables et consommer en vrac sont pour vous de réelles solutions? En prenant en compte la logistique et le fait que les consommateurs se rendent souvent sur les lieux de vente en voiture, n’est-ce pas juste déplacer le problème du plastique transformé?

Cela doit être le plus local possible pour que cela fonctionne. Proposer cette solution dans quelques villes du monde et livrer la marchandise en bateau n’est évidemment pas durable. De nouveaux modèles de livraison doivent être mis en place et plusieurs initiatives pour réduire l’empreinte écologique émergent un peu partout dans le monde. Mais le plus efficace reste bien sûr de s’approvisionner chez le producteur le plus proche de la maison.

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