Économie de réseaux

Jeremy Rifkin annonce la gratuité de l’énergie grâce à Internet

Selon l’économiste américain, la société de partage des données remplacera la société capitaliste

Jeremy Rifkin annonce la gratuité de l’énergie grâce à Internet

Réseaux L’économiste américain incite les électriciens à changer leur modèle d’affaires

La société de partage des données remplacera la propriété capitaliste

Petite moustache grise, œil vif et malicieux, Jeremy Rifkin, économiste américain et conseiller de l’Union européenne, est rompu aux joutes oratoires et au genre bien rodé de conférencier prédicateur.

Il l’a prouvé la semaine dernière à Neuchâtel, devant un parterre de plusieurs centaines de personnes proches de l’économie de l’électricité. Invité à l’occasion du 100e anniversaire des Entreprises électriques fribourgeoises, devenues Groupe E, il a provoqué quelques hochements de tête dubitatifs, mais a séduit par ses propos décapants.

L’auteur de La Troisième Révolution industrielle et de La Nouvelle Société du coût marginal zéro, annonce en effet un changement radical de mode de vie en l’espace de 25 à 30 ans. La société capitaliste, aujourd’hui basée sur le besoin de posséder, sera remplacée par un modèle reposant sur le besoin de partager et d’échanger. «Les entreprises florissantes de demain partageront des données. Elles ne vendront plus de produits en réalisant de gros bénéfices sur la base des prix des transactions reposant sur l’offre et la demande», présage-t-il. Selon lui, les théories de l’économiste Adam Smith seront bientôt de la préhistoire économique.

Le premier exemple de cette mutation est celui de l’industrie du disque, démontre Jeremy Rifkin, chargé de cours et patron d’une société de conseil des pouvoirs publics. «L’industrie musicale traditionnelle basée sur la possession individuelle de CD s’est effondrée. Le besoin d’écouter de la musique demeure, mais il est basé sur l’échange de fichiers à un coût marginal proche de zéro.»

Le même sort attend les médias imprimés à cause du partage du savoir sur Internet quasiment gratuit, à l’image de l’encyclopédie Wikipédia, affirme Jeremy Rifkin. Le phénomène touche également l’industrie du tourisme avec les échanges autour de Airbnb. Et la révolution se poursuivra dans le secteur de l’énergie, avec la mise en réseau décentralisée des besoins de production et de consommation, puis ce sera autour des transports, avec le partage coordonné de véhicules électriques sans conducteur, annonce l’économiste.

Science-fiction? «Pas du tout, répond Jeremy Rifkin. Cette révolution prendra un peu de temps, 25 à 30 ans, mais elle se produira.» Le moteur du changement, selon celui qui dit tutoyer Angela Merkel, le premier ministre chinois et Jean-Claude Juncker, s’appelle Internet. Le réseau, associé à la mise en place d’algorithmes sophistiqués, notamment par Google, a transformé la communication.

«Ces technologies sont désormais à la portée de tout un chacun. C’est la démocratisation de la connaissance qui peut être partagée presque gratuitement, s’enthousiasme Jeremy Rifkin, en constatant qu’un téléphone portable intelligent coûte 25 dollars en Chine.

Cette révolution va toucher très prochainement le secteur énergétique dès que la question du stockage des énergies renouvelables (éolien et photovoltaïque) sera résolue. «Le pétrole et le nucléaire n’ont aucun avenir, assure l’économiste, car l’énergie solaire et éolienne est gratuite à la base. Vous ne recevrez jamais de facture de la part du soleil ou du vent!» Il s’attend à l’émergence rapide d’applications photovoltaïques à bon rendement énergétique sur des façades ou sous forme de peinture solaire, ce qui conduira à la disparition progressive des coûteux systèmes centralisés de production d’électricité par des centrales nucléaires ou thermiques, par exemple.

Internet, associé à un système d’échange intelligent de données de production et de consommation d’énergie motrice et de chauffage, donnera naissance, selon Jeremy Rifkin, à des coopératives locales de production et de consommation d’énergie. Des entreprises comme Siemens et Swisscom travaillent déjà sur des systèmes de mesures et de pilotage des échanges d’énergie.

«Les grandes entreprises électriques, si elles ne veulent pas disparaître, devront gérer en parallèle deux modèles d’affaires, dont l’un devra être décentralisé et basé sur l’échange de données locales entre microconsommateurs et microproducteurs», affirme l’économiste. Il admet cependant que le problème du stockage des énergies renouvelables, au moyen de batteries performantes ou par une transformation en hydrogène, doit encore être amélioré.

«La Suisse, démocratique, décentralisée, technologiquement compétente, et à forte sensibilité écologique, a tous les atouts en main pour réussir cette révolution industrielle», constate Jeremy ­Rifkin.

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