Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Jérôme Briard: «Les Chinois ont le droit d’exploiter des marques de luxe suisses et il n’y a pas de raison de ne pas les aider».
© Yves Leresche

Horlogerie

Jérôme Biard: «Les Chinois sont à 100% derrière Corum»

Le nouveau directeur de Corum et d’Eterna entrera en fonction en septembre prochain en remplacement de Davide Traxler. Jérôme Biard évoque ses futurs patrons chinois et explique pourquoi il renonce à s’associer avec Amazon pour la vente en ligne

Officiellement, il n’est pas encore en place. Mais Jérôme Biard connaît déjà très bien Corum et Eterna, les deux marques horlogères de La Chaux-de-Fonds (NE) et de Granges (SO) dont il deviendra le pilote en septembre prochain. Durant les huit dernières années, il a contribué à les écouler sur des marchés émergents en tant que directeur général de LPI, société russe spécialisée dans la distribution de produits de luxe.

Depuis 2013, le propriétaire de Corum et d’Eterna est l’homme d’affaires chinois Kwok Lung Hon et son groupe diversifié Citychamp. Les deux précédents directeurs – Antonio Calce (2007-2014) et Davide Traxler (2015-2017) – auront tenu moins de deux ans sous les ordres de ce président. Au tour du franco-suisse Jérôme Biard (passé chez Vacheron Constantin, Cartier ou encore Girard-Perregaux) de relever le défi.

Lire aussi: Davide Traxler n’est plus le patron de Corum (21.05.2017)

Le Temps: Est-ce que vous parlez chinois?

Jérôme Biard: Non, et je ne pense pas que je vais l’apprendre. La même question s’était posée lorsque j’ai rejoint LPI et que je ne parlais pas russe. Avec Corum, il y aura une particularité supplémentaire puisque ce sera la première fois que j’aurai un patron, Kwok Lung Hon, avec lequel j’aurai besoin d’un interprète puisqu’il ne parle pas anglais.

– Comment s’est passée votre nomination?

– Je côtoie les gens de Citychamp depuis longtemps car mon épouse travaille déjà pour Corum. J’ai même déjà visité Art Basel avec Kwok Lung Hon. On a souvent discuté d’horlogerie et je me suis toujours senti libre de leur dire certaines vérités sur ce qui fonctionnait ou non chez eux. Récemment, mon patron a vendu la société dont je m’occupais à son fils. Citychamp l’a appris et, fin mai, ils m’ont appelé pour me proposer cette place. A ce moment, je ne savais même pas encore que Davide Traxler avait quitté l’entreprise et tout s’est décidé très vite. Ils m’ont dit qu’ils avaient manifestement un problème de culture, qu’ils ne comprenaient pas le marché, qu’il y avait une sensibilité qui leur échappait… Ils cherchaient quelqu’un pour les aider.

Lire aussi: Davide Traxler: «Depuis qu’elle est chinoise, Corum a été victime de discrimination» (21.02.2016)

– Swissport, Addax, Swissmetal… Les relations entre les entreprises suisses et leurs propriétaires chinois sont délicates. Est-ce que cela vous inquiète?

– Chaque nationalité a ses particularités et parler à un Chinois est aussi difficile que de parler à un Russe, ce qui était mon travail précédent. L’une des premières erreurs que j’avais faite en arrivant à la direction de LPI, c’était d’ouvrir les portes de mon bureau en disant à mes employés: «Venez, c’est ouvert, donnez-moi vos idées pour remettre l’entreprise sur les rails.» Ils en ont déduit que je ne savais pas ce que je voulais. Avec les Russes, il faut montrer les muscles et imposer. Ce n’est pas ma nature, mais j’ai appris.

– Et avec les Chinois?

– Il faut d’abord leur montrer une grande loyauté. Et surtout leur expliquer et leur expliquer encore ce que l’on fait. Accepter qu’ils vont avoir du mal à comprendre, laisser le temps de la digestion et revenir encore leur expliquer. Il faut enfin respecter leur culture différente. Vous savez, les Chinois ont aujourd’hui un pouvoir économique qui témoigne d’une grande réussite; ils ont le droit d’exploiter des marques de luxe suisse et il n’y a pas de raison de ne pas les aider. J’ai aussi accepté ce travail car l’équipe de direction de Corum est très forte. Ce sont des gens proactifs, très fiables et en qui j’ai toute confiance.

– Pour ce qui est de Kwok Lung Hon, on le dit très malade…

– Je n’ai pas entendu parler de problèmes de santé. Plus généralement, il est toujours très inquiétant de savoir un propriétaire souffrant mais notre groupe est très bien structuré, il ne s’agit pas d’un one-man-show. Et, pour ce qui concerne les marques suisses, la stratégie est vraiment décidée en Europe.

Lire aussi: Kwok Lung Hon: «Je veux garder le savoir-faire de Corum en Suisse» (15.09.2014)

– Les 10 000 montres vendues par Corum l’an dernier ont généré un chiffre d’affaires de 50,5 millions de francs. Est-ce que vous avez un objectif chiffré?

– On m’a demandé de faire du chiffre d’affaires de qualité. Pas de viser une progression rapide. Par ailleurs, il y a encore un effort à faire pour confirmer la rentabilité que Corum vient tout juste d’atteindre (ou est sur le point d’atteindre, cela dépend de la méthode de calcul). Et les Chinois sont à 100% derrière Corum: nous leur avons par exemple demandé récemment un prêt financier important et ils l’ont accepté.

– Corum possède trois collections principales. La Bubble (entre 3500 et 6000 francs) est celle qui fait parler, l’Admiral (env. 6000 francs) est celle qui se vend le plus et la Bridge (de 30 000 à 60 000 francs), celle qui rapporte le plus. C’est juste?

– Oui. Même si la Bridge ne rapporte pas encore assez.

– N’est-il pas difficile de réunir ces trois collections très différentes sous un même drapeau?

– Corum doit être irréprochable au niveau de la qualité, de l’histoire, du produit… Mais je pense que le client final se moque de la vue d’ensemble des collections. Je pourrais par exemple tout à fait imaginer des points de vente uniquement dédiés à la Bubble, à l’avenir.

– Lors de la dernière foire de Bâle, Corum a annoncé un partenariat avec Amazon pour de la vente en ligne…

– Oui, et ma première décision sera d’annuler ce projet. Le concept était intelligent et nous passerons un jour au e-commerce, mais pas avec Amazon et pas maintenant. C’est trop tôt, il y a trop de risques et trop de marché gris sur Amazon. Nous serions un géant comme Cartier, cela ne poserait pas de problème, mais nous ne sommes pas assez forts. Sans compter que je ne veux pas me mettre nos détaillants à dos.

– On ne parle que de Corum mais vous prenez également les rênes d’Eterna, dont vous portez d’ailleurs un modèle au poignet. Beaucoup prétendent que cette marque (prix moyen: entre 2000 et 4000 francs) est en voie de disparition…

– Clairement, ma priorité sera Corum. Eterna est aux soins intensifs, mais nous avons une stratégie pour la remettre sur les rails. Je peux déjà vous dire que j’ai demandé au designer Eric Giroud de nous aider. Autre preuve de notre volonté de porter Eterna: depuis la foire de Bâle, Citychamp a versé près de 5 millions de francs pour payer les factures encore ouvertes de cette marque.

– Il se dit qu’Eterna possède encore plusieurs milliers de mouvements horlogers dans ses tiroirs. Qu’allez-vous en faire?

– Depuis que Citychamp les a rachetés, Corum et Eterna ont connu deux histoires bien différentes. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’on découvre beaucoup de choses.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)