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Jérôme Cahuzac à Paris, 15 mai 2018.
© ERIC FEFERBERG

procès

Jérôme Cahuzac: un jugement, pas une mise à mort judiciaire

OPINION. La décision de la Cour d'appel de Paris est conforme aux faits reprochés à l'ancien ministre socialiste du Budget. Mais le fait d'échapper à la prison ferme risque d'alimenter les refrains sur l'impunité. Notre commentaire

Il faut l'écrire d'emblée: si Jérôme Cahuzac n'avait pas été ministre du Budget entre 2012 et 2013, donc responsable en chef de la lutte contre la fraude fiscale, son affaire, puis ses deux procès n'auraient jamais connu un tel retentissement médiatique. Logique. Implacable. Ce n'est pas le fraudeur, le menteur, le dissimulateur ou l'homme qui s'est «approprié» les fonds récoltés selon lui dans les années 90 pour une éventuelle campagne présidentielle de Michel Rocard qui était à nouveau ce mercredi devant les juges, au Palais de justice de Paris. Jérôme Cahuzac est un symbole. Celui d'un mensonge d'Etat que l'opinion française, selon les sondages, souhaitait voir puni bien plus lourdement. 

Notre article sur le jugement de ce mardi 15 mai 2018: Jérôme Cahuzac écope de quatre ans de prison dont deux ans ferme

Non politique, il n'aurait pas été traduit en justice

Il faut néanmoins, car telle est la mission de la justice, en revenir aux faits et à la loi. S'il avait été un chef d'entreprise, ou un héritier, Jérôme Cahuzac, son épouse et leurs banquiers n'auraient sans doute pas été traduits en justice. Ils auraient probablement été reçus par la cellule de régularisation constituée, après les révélations sur son affaire, par le ministère français des Finances. Ce procès pour l'exemple était donc dès le départ biaisé. C'est à cette aune qu'il faut apprécier ce jugement final qui n'est pas une mise à mort judiciaire. Le juge d'application des peines, que Cahuzac devra solliciter, se retrouve avec une sacrée «patate chaude». 

Qu'en penser, dès lors? D'abord que Jérôme Cahuzac, c'est vrai, est un homme broyé par ses mensonges, ses dissimulations, et son arrogance passée, qui le conduisit à nier l'évidence devant les députés. L'ancien ministre français restera comme le symbole du politique fraudeur, malhonnête – bref, détestable. Cette peine-là n'est pas judiciaire. Elle est publique et lui interdit, selon ses avocats, de mener une vie normale. L'homme paie chaque jour le prix de ses mensonges, aussi impardonnables soient-ils. 

La révolution Cahuzac a eu lieu

La seconde appréciation, à l'issue de ce procès en appel, est la volonté de la justice française de trouver la juste mesure. Ces quatre années de prison, dont deux avec sursis sont-elles la peine idoine? Voire. En son temps, dans les années 90, l'homme d'affaires et ex-politicien Bernard Tapie avait été incarcéré. Mais les temps ont changé. Les barrages internationaux contre l'évasion fiscale se sont multipliés. La Suisse pratique l'échange d'informations bancaires. La révolution Cahuzac a donc eu lieu. Il faut l'admettre: le paradoxe absolu de cette affaire est que l'intéressé a, dans sa chute emblématique, servi les intérêts financiers de la République.

C'est peut-être, en filigrane, ce que les magistrats ont aussi reconnu dans ce jugement qui ne calmera pas les passions, mais referme le couvercle sur une époque: celle de l'évasion fiscale à la portée, et presque au su de tous. Jérôme Cahuzac n'était qu'un fraudeur parmi d'autres. Il est ressorti des griffes des magistrats en justiciable comme les autres. 

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