Management

Jérôme Lambert devient responsable opérationnel du groupe Richemont

Ce vendredi, Richemont a annoncé l'arrivée de Jérôme Lambert à la tête des opérations du groupe de luxe (à l'exception des marques Cartier et Van Cleef & Arpels). A cette occasion, nous republions ce portrait paru en mars dernier dans nos pages

Richemont a annoncé ce vendredi la nomination de Jérôme Lambert à la nouvelle fonction de responsable opérationnel (COO). Il aura pour mission de gérer l'ensemble des activités du groupe à l'exception de Cartier et Van Cleef & Arpels, en parallèle à la responsabilité des plates-formes régionales et des services centraux d'assistance. Nous republions à cette occasion ce portrait, paru en mars dernier dans nos pages.

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Jérôme Lambert a pris du retard. Installé dans une suite de cet hôtel londonien, le patron de Montblanc doit composer avec un agenda surchargé. Il nous reçoit ce jour-là pour nous présenter la première montre connectée de la marque. Il n’en dira finalement pas un seul mot.

Car, professionnellement, Jérôme Lambert est à un tournant. Dès la semaine prochaine, il ne sera plus le numéro un de la marque de Hambourg, mais prendra la direction d’un pan entier du groupe de luxe Richemont, à qui appartient Montblanc. Aux côtés de Georges Kern, actuel directeur d’IWC qui gérera la partie «horlogerie, marketing et numérique», Jérôme Lambert pilotera une division baptisée «services centraux et régionaux» ainsi que toutes les marques qui ne font ni de l’horlogerie, ni de la joaillerie.

Un homme discret

Dresser son portrait n’est pas facile. D’abord car, si l’homme ne rechigne jamais à discuter avec des journalistes, il reste discret: on ne sait rien de sa vie privée sinon qu’il a deux filles, que sa femme travaille dans la finance et que son cheval s’appelle Vinilla. Ensuite car il semble n’avoir aucun défaut. De ses multiples collègues que Le Temps a contactés (anciens et actuels), la seule critique entendue est qu’il «exigeant». La belle affaire! Sinon, c’est un torrent de qualificatifs enthousiastes: travailleur, vif, juste, humble, proche de ses collaborateurs, humain…

Alors qu’il sirote sa première gorgée de thé vert, Jérôme Lambert botte en touche. «Bien sûr que j’ai des défauts. Demandez à mes filles; elles m’en trouveraient des milliers.» Il s’estime par exemple insatiable. «J’ai dû apprendre à accepter de ne pas pouvoir satisfaire ma faim de découvertes et de travail. Cela n’a pas toujours été facile», explique-t-il. Avant d’ajouter, dans un sourire: «Et un autre défaut est que j’adore la Vallée de Joux.»

Je me suis beaucoup plu à l’école de commerce. J’ai vraiment compris ce que je voulais faire.

Ce n’est pas une surprise. «N’oubliez jamais que son père était un éleveur de moutons. Jérôme Lambert est avant tout un terrien», rappelle un proche collaborateur. Né en 1969, il a grandi dans un petit village situé «entre Vesoul et Besançon». De son enfance, il se rappelle avoir été «marqué par la Suisse», un pays où ses grands-parents partaient volontiers en vacances. Après l’école, où il est premier de classe mais aussi, de son propre aveu, «un agité», les choses sérieuses commencent. «Je me suis beaucoup plu à l’école de commerce. J’ai vraiment compris ce que je voulais faire.» Il obtiendra son diplôme et figurera parmi les quatre meilleurs de sa promotion. Il précise: «sur 300».

Lorsque Jérôme Lambert rejoint pour la première fois la Vallée de Joux en 1996, c’est le coup de foudre. Il entre chez Jaeger-LeCoultre comme contrôleur financier. Il vient des PTT, où il a travaillé sous les ordres du charismatique patron Jean-Noël Rey. «Je me levais à cinq heures du matin et je terminais à onze heures du soir, se souvient-il. Je n’ai jamais autant travaillé que lorsque j’étais dans la fonction publique.»

Entraînements matinaux

Chez Jaeger-LeCoultre, il gravit les échelons rapidement. Il devient directeur financier en 1999 puis, trois ans plus tard, prend la direction générale (le plus jeune patron de marque de l’histoire du groupe Richemont). En parallèle, il dirigera entre 2009 et 2012 la marque allemande Lange & Söhne.

Outre ses qualités de chef, il y a laissé un souvenir de sportif. En marge de l’équitation qu’il pratique depuis longtemps, il s’impose un marathon par an. «Il pouvait sans problème aller courir avec un polisseur autour du lac de Joux à midi et rencontrer le président de Richemont Johann Rupert l’après-midi», raconte un collègue. Un autre, qui voyageait parfois à ses côtés, se rappelle ses entraînements matinaux. «Il proposait volontiers d’aller courir le matin dès 05h30. Il restait alors avec le peloton et motivait toute l’équipe jusqu’au dernier kilomètre… où il semait tout le monde pour arriver avant les autres».

Affectivement, c’était plus lourd de quitter Jaeger-LeCoultre que Montblanc, même si c’est un arrachement aussi.

Un patron sérieux, «toujours le premier à retourner travailler dans sa chambre lorsque l’on faisait des soirées», mais qui savait se laisser aller. Comme lors de cette soirée à Miami où l’ambiance était si décontractée qu’un joueur de polo sponsorisé par la marque l’a jeté dans une piscine, tout habillé. Son départ, annoncé dans un courriel aux employés au matin du 8 mai 2013, a durablement marqué les esprits. «Affectivement, c’était plus lourd de quitter Jaeger-LeCoultre que Montblanc, même si c’est un arrachement aussi», précise Jérôme Lambert.

Chez Montblanc, il marque l’entreprise en conduisant directement une petite équipe initiant des projets numériques dans cette maison connue traditionnellement pour ses stylos-plumes. En 2015, il lance un bracelet connecté. En 2016, un dispositif pour transformer l’écrit en numérique. En 2017, une smartwatch. Il suit tout cela de très près. «Il valide tout, souvent jusque dans les moindres détails. Mais si certains font cela parce qu’ils ont peur de lâcher le contrôle, lui le fait car il est enthousiaste et qu’il possède une intelligence qui lui permet de plonger très loin dans les dossiers», juge un collaborateur direct.

Restructuration profonde

Beaucoup s’attendaient à ce qu’il rejoigne un jour les plus hautes sphères de Richemont. C’est désormais chose faite. Georges Kern et lui devront restructurer le groupe en profondeur et faire face à une industrie du luxe en plein chambardement. Les 28 810 employés qui seront sous leurs ordres peuvent être rassurés: Jérôme Lambert tâche de faire de Richemont un premier de classe.

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