LUXE

Jérôme de Witt: «Une vente nous priverait de notre spécificité»

Jérôme de Witt se retire de la direction de la marque horlogère éponyme.

Jérôme de Witt, arrière-petit-fils de Léopold II de Belgique et fondateur de la marque De Witt installée à Meyrin, cède la direction opérationnelle à Nathalie Veysset, 34 ans, formée chez Credit Suisse. Claude-Daniel Proellochs quitte l'entreprise.

Le Temps: Pourquoi vous êtes-vous séparé de Claude-Daniel Proellochs?

Jérôme de Witt: Depuis nos débuts en 2002 nous avons eu recours à des consultants. D'abord avec Max Büsser, puis Claude-Daniel Proellochs. Lorsque ce dernier a quitté Vacheron Constantin et qu'il a accepté de nous rejoindre, j'ai vu cela comme une chance. Il m'a beaucoup aidé, à force d'échange d'idées. Cela m'a permis de forger une ligne de conduite. Cette collaboration de deux ans est aujourd'hui arrivée à son terme.

- Et pourquoi céder la direction opérationnelle?

- Trop de marques de luxe s'incarnent par le nom de leur propriétaire. Mon rôle est de donner à cette marque une culture qui soit une garantie de qualité pour le client. Après cela, l'œuvre est collective. Je suis déjà très présent dans cette maison, et je vais le rester à ma façon. Vient un moment où il faut savoir se retirer.

- Avec 2000 pièces produites et 80 employés, comment se présentent vos résultats?

- Nous sommes à l'équilibre. Mais jamais un franc n'est sorti de l'entreprise et tout y est réinvesti.

- Jusqu'à quand? Jusqu'à une vente à un grand groupe?

- Non. Une vente priverait la marque de sa spécificité. Il existe toutes sortes d'opportunités de financement, et il y a beaucoup d'argent à investir malgré la crise. Le défi est d'assurer la croissance. Nous fonctionnons sur le principe de la fondation, comme d'autres marques, ce qui ne nous impose pas les mêmes rendements.

Notre but est la croissance, l'épanouissement et la qualité du produit.

- Jusqu'où pouvez-vous augmenter votre production tout en restant dans le créneau de l'exclusif?

- Nous comptons sur des petites séries, de 200 à 250 pièces. Dans l'ensemble, je ne crois pas que nous puissions dépasser les 4000 pièces par an en restant fidèles à notre spécificité - totalement anti-économique - qui est de dédier à un horloger une montre.

- Quelle influence a eu votre origine sur votre parcours?

- Je viens d'un milieu où, d'abord, il n'était pas question de travailler. C'était une éducation très stricte, qui m'a donné une notion du luxe particulière. Elle a aussi eu l'effet d'un rempart. Le jour où vous en sortez, vous êtes sans défense.

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