Journée des banquiers

«J’espère que, dans le prochain James Bond, le méchant n’aura pas de compte en Suisse»

Pour Jan Langlo, le directeur de l’Association de banques privées suisses, l’absence d’accès au marché est un problème. Il attend des Etats-Unis une mise en œuvre correcte des standards

Ce jeudi 14 septembre a lieu à Zurich la journée des banquiers. Ce mercredi et jeudi, nous publions à cette occasion quatre articles sur les défis de la branche.

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Le Temps: Comment décririez-vous en ce moment la réputation à l’international des banques privées suisses?

Jan Langlo: Les médias étrangers ne tirent plus sur la place financière suisse mais n’en font pas non plus l’éloge. Ces dernières années, la Suisse a mis en œuvre beaucoup de standards internationaux et s’est montrée conforme à plusieurs évaluations. On le sait dans les milieux bancaires mais pas encore dans le grand public. La Suisse doit tout faire pour mieux le communiquer à un large public.

Que pensez-vous de l’intention du chef du Département fédéral des finances d’améliorer globalement d’ici à 2019 la réputation de la place financière par une stratégie de communication?

Nous sommes très satisfaits de ce projet, puisque c’est ce que nous demandons depuis longtemps. Il importe de mieux faire connaître au niveau international les mérites de la place financière suisse. Nos concurrents le font depuis des années par le biais d’organisations comme The City UK, Lux for Finance et de délégations officielles de Hongkong et de Singapour. Je trouve judicieux que Présence Suisse se soucie de sujets tels que la finance et les impôts. J’espère que, dans le prochain film de James Bond, le méchant ne détiendra pas de compte en Suisse!

Qu’est-ce qui handicape le plus la compétitivité des banques privées suisses?

Les derniers obstacles d’importance sont le difficile accès au marché, un environnement fiscal peu attrayant et l’excès de réglementation née de la crise financière. Il importe de noter que cette crise est née aux Etats-Unis et que ce pays a aussi imposé de nouveaux standards qu’il applique maintenant avec souplesse. Enfin, en tant que branche fortement exportatrice, nous sommes affectés par le franc fort.

Les relations bilatérales avec l’UE sont une question politique qui ne sera pas résolue avant le retrait effectif de la Grande-Bretagne – ou plus tard encore. Comment entendez-vous obtenir et assurer quand même l’accès au marché?

Il est vrai qu’un accord sur les services financiers avec l’UE est un objectif à long terme sur lequel il faut s'activer. D’ici là, nous pouvons obtenir l’accès au marché par des procédures d’équivalence dans certains domaines comme les fonds ou les clients professionnels, mais la Commission européenne prend aussi des décisions politiques. Pour les clients privés, nous essayons de conclure des accords bilatéraux avec certains Etats de l’UE mais, là aussi, le Brexit est un frein. La Suisse doit exploiter toutes les opportunités possibles. Y compris avec des pays hors de l'UE à qui l’échange automatique d’informations est garanti, il faut viser un meilleur accès au marché.

Outre l’accès au marché et une relation stable avec l’UE, vous avez, dans vos perspectives 2017, décrit la mise en œuvre rapide des lois sur les services et les établissements financiers comme décisive pour l’avenir. Pourquoi est-il capital que LSFin et LEFin soient approuvées rapidement?

Ces deux lois assureront la sécurité du droit. Elles sont aussi nécessaires pour que tous les acteurs du marché aient les mêmes chances, autrement dit qu’ils puissent assurer la même protection du client. Enfin, ces lois sont un sésame pour l’accès au marché de l’UE, même si elles ne suffisent pas en elles-mêmes. Il serait bon qu’elles puissent entrer en vigueur en 2019, afin que nous soyons prêts à négocier de nouvelles relations avec l’UE et le Royaume-Uni juste après le Brexit.

Quelle est l’importance de l’Asie pour le private banking suisse?

En ce moment, la fortune privée croît surtout en Asie. C’est pourquoi toutes les banques se concentrent sur les clients venus de cette région. A la différence d’autres acteurs du marché, nos membres se développent avec succès en Asie. Mais cela se fait par le biais de filiales, hélas pas directement depuis la Suisse.

Outre l’UE, les Etats-Unis sont clairement le moteur des nouveaux standards et prescriptions internationaux. L’administration Trump soumettra-t-elle la place financière suisse à une pression encore plus forte que jusqu’ici?

Le président Trump essaie de réduire la réglementation aux Etats-Unis. On ne sait pas s’il y parviendra. Mais il y a un certain consensus en Europe pour moins réglementer. Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire n’a pas pu se mettre d’accord sur une réglementation plus stricte des fonds propres. Sans doute que le pendule est allé trop loin et que les contrôles inutiles devront être remplacés par davantage de responsabilité individuelle. Il importe que les Etats-Unis appliquent les standards internationaux comme le font les autres centres financiers internationaux.

Depuis le début de l’année, les banques suisses collectent des données fiscales pour 38 pays et 41 autres Etats devraient s’ajouter à la liste. Comment pensez-vous garantir que l’échange de données se base sur la réciprocité, y compris avec les Etats-Unis?

Le Conseil fédéral a mentionné lui-même que l’échange avec un pays ne sera pas réciproque si ce pays viole les garanties de confidentialité des données et celles de leur exploitation à des fins fiscales uniquement. Pour ce qui est des Etats-Unis, l’essentiel est qu’ils appliquent le standard de l’OCDE au lieu de leur loi Fatca, de manière à ce qu’il n’y ait pas une lacune dans le standard international.

Le printemps prochain, nous voterons sur l’initiative Matter visant à ancrer le secret bancaire dans la Constitution. Quelle est votre recommandation de vote?

Le secret bancaire est celui du client, pas celui des banques. De ce fait, un tel projet mérite que les citoyens suisses décident si l’accomplissement de leurs obligations fiscales peut continuer d’être assuré par la déclaration d’impôt ou si les banques doivent pouvoir communiquer au fisc les données qui l’intéressent. Nos membres peuvent vivre avec les deux solutions. Mais la question philosophique de la relation de confiance entre l’Etat et le citoyen a leur préférence par rapport à une optimisation des coûts opérationnelle.


Jan Langlo en quelques points

Fonction: directeur de l’Association de banques privées suisses (ABPS)

Né en: 1976

Carrière: conseiller juridique et fiscal chez Pictet, études d’avocats Lenz & Staehelin, puis Oberson & Associés

Formation: avocat et expert fiscal diplômé


L’association

La mission de l’ABPS à Genève est la défense et la préservation des intérêts des banques suisses en mains privées spécialisées dans la gestion de fortune. L’association compte dix banques membres employant 7800 personnes de par le monde, dont 5200 en Suisse. Elles gèrent une fortune totale de 700 milliards de francs, soit un dixième des avoirs gérés en Suisse. 

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