Donald Trump risque de chambouler un peu le monde des ETF, à travers son offensive contre les intérêts économiques chinois. En mai dernier, le Sénat américain a adopté un projet de loi qui pourrait interdire aux entreprises chinoises d’être cotées à Wall Street, à moins qu’elles ne prouvent qu’elles ne sont pas contrôlées par Pékin. De quoi modifier la composition des grands indices actions notamment et, par conséquent, celle des produits de la gestion passive. En attendant, certains grands investisseurs dans des sociétés comme Alibaba déplacent leurs positions vers Hongkong.

Potentiellement, les investisseurs pourraient perdre l’accès à 224 sociétés cotées aux Etats-Unis représentant plus de 1800 milliards de dollars de capitalisation boursière, selon des chiffres de la SEC, cités par Bloomberg. Car ces entreprises sont basées dans des juridictions qui ne permettent pas ou difficilement que les Etats-Unis opèrent des audits. Or ces contrôles risquent de devenir incontournables pour évaluer si des entreprises chinoises sont contrôlées par Pékin ou pas.

«No comment» des fournisseurs d’indices

En admettant que le projet voté par le Sénat devienne effectivement une loi, les sociétés chinoises cotées à Wall Street seront retirées des grands indices américains. Elles y seront remplacées par d’autres entreprises. Mais l’exposition géographique ou sectorielle des indices concernés risque alors d’évoluer. Contactés par Le Temps, les principaux fournisseurs d’indices boursiers de la planète n’ont pas souhaité faire de commentaires sur cet hypothétique futur.

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En revanche, pour les indices globaux comme le MSCI World, ces changements n’auront pas de conséquence dans la mesure où les entreprises chinoises exclues de Wall Street sont également cotées à Hongkong ou ailleurs en dehors des Etats-Unis. Cette double cotation est d’ailleurs déjà utilisée par de grands investisseurs dans des sociétés comme Alibaba pour se protéger des effets de la future législation américaine.

Faire des affaires vs investir

Plusieurs actionnaires importants de la société de Jack Ma ont ainsi vendu tout ou partie de leur position en actions américaines pour acquérir des actions d’Alibaba à la bourse de Hongkong, où le géant du commerce en ligne est coté depuis 2019. Les actions hongkongaises d’Alibaba représentent près de 12% du flottant total de l’entreprise, contre 2% auparavant, selon des chiffres publiés le 21 août par la bourse de Hongkong.

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Là où les choses se compliquent, c’est que Donald Trump veut plus largement interdire aux sociétés américaines de faire des affaires avec certaines entreprises chinoises. Cela signifie-t-il aussi interdire aux fonds de pension américains d’acquérir des actions chinoises? En outre, si ces dernières sont incluses dans le MSCI World, l’offensive américaine pourrait avoir des conséquences sur l’indice lui-même. Et donc sur les professionnels des ETF. Le feuilleton continue.