Elle n'existait pas il y a dix ans, et aujourd'hui, elle est montrée comme la fierté de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Vendredi 2 juillet, la section des systèmes de communication tient sa journée annuelle de la recherche, grande conférence d'experts suisses et internationaux en matière de réseaux. Mais en coulisses, on parlera sans doute moins d'Internet que de politique interne. Car la section devrait être élevée au rang de département à part entière de l'EPFL, le deuxième, ce qui consacrera sa success story académique. Lorsqu'elle est créée en 1991, cette section ne fait que formaliser un fait accompli: dans les domaines de l'électricité et de l'informatique, la convergence croissante des technologies crée de nouveaux besoins en formation et en recherche. Initialement, les systèmes de communication constituent une sorte de joint-venture entre les départements d'électricité et d'informatique. Elle est dirigée par Jacques Neirynck, et surtout, elle est très vite soutenue et mise en avant par le président de l'Ecole Jean-Claude Badoux. Car à la conjecture académique s'ajoutent des arguments de nature plus politique: le début des années 1990 voit les premières menaces sur les budgets des Hautes Ecoles, et le «Poly» doit se trouver des jokers à jouer face à sa grande sœur zurichoise. Ce seront la microtechnique et les systèmes de communication, deux spécialités de l'EPFL qui permettent à ses responsables de se démarquer. En 1997, première extension: la section ouvre ses classes aux premiers cycles. Les amateurs d'informatique, d'Internet et de traitement des images, par exemple, peuvent désormais effectuer l'ensemble de leurs études dans ce secteur. En parallèle, l'EPFL a créé une filiale commune avec Polytechnique Paris à Nice-Sophia Antipolis, l'Institut Eurécom, où les étudiants vont passer leur huitième semestre d'études. Actuellement, la section compte quelque 460 étudiants, tous niveaux confondus, et accueille plus de 150 débutants par année, un nombre élevé pour une branche aussi spécialisée. Les excellentes perspectives d'emploi à la sortie, stimulées notamment par l'apparition de nouveaux opérateurs de télécommunications, expliquent bien sûr une partie de ce succès. Ces étudiants sont encadrés par sept professeurs ordinaires, un prof assistant et un titulaire. Son responsable, Martin Hasler, annonce qu'elle se livre à un «renouvellement» de son second cycle, qui verra l'instauration de quatre orientations: réseaux, communications mobiles, communication en entreprise et multimédia. Le choix stratégique de l'EPFL sur ce domaine s'exprime en outre par une grande fréquence d'engagements par rapport au nombre d'enseignants: trois nouveaux professeurs vont prendre leurs quartiers à Ecublens d'ici à la prochaine rentrée et une mise au concours supplémentaire vient d'être lancée. Pour Martin Hasler, la volonté de constituer un département à part entière reflète «le besoin de moyens supplémentaires et une question de motivation de l'équipe». Motivation inégalement partagée, toutefois, puisque l'un des grands laboratoires impliqués dans ce secteur à l'EPFL, celui de Murat Kunt, expert en traitement des signaux et compression d'images, ne fera pas partie du futur département. Question de conflits de personnes, explique-t-on dans les couloirs du «Poly». N'empêche: «Le département aura tout de même une unité de traitement des signaux», annonce Martin Hasler, lui-même en bonne position pour prendre la direction du futur département. De fait, les chercheurs et professeurs y gagneront en autonomie de gestion par rapport à la situation actuelle. Pour les étudiants, en revanche, ils ne devraient pas y avoir de différences notables, sinon un léger allégement des formalités administratives.

Formellement, cette nouvelle branche de l'EPFL devrait naître au début de l'année prochaine. Le Conseil des écoles polytechniques devrait analyser dans les semaines à venir le dossier élaboré par la direction de l'EPFL. Une récente consultation interne fait état d'un fort soutien au sein de la maison, même si des enseignants font état de «quelques problèmes de répartition entre les départements à régler». La montée en grade académique d'une telle section s'inscrit aussi dans le contexte national, auquel sont très sensibles les autorités de l'EPFL. Malgré quelques velléités dans ce domaine, l'EPFZ n'a pas cherché, pour l'heure, à se doter d'une section comparable. «Cela ne nous empêche pas de devoir tenir notre longueur d'avance», glisse Martin Hasler. Au sein du Conseil des EPF, on préfère évoquer le souhait de diminuer le nombre de département dans les deux écoles: les Lausannois des systèmes de communication ne se disent cependant pas inquiétés par cette nouvelle ligne. Ils se sont lancés dans la mêlée des pôles nationaux de recherche, actuellement en concours auprès du Fonds national de la recherche scientifique, manière aussi d'assurer la visibilité de la section, bientôt du département. Comme la journée de la recherche de ce vendredi.