«En se tournant vers nous, les chercheurs de Merck reconnaissent notre savoir-faire et notre compétence.» Vincent Mutel, patron d'Addex, petite société pharmaceutique genevoise fondée en 2002, était aux anges lundi. Après des mois de discussions, le grand groupe américain a signé un accord de partenariat qui lui permettra de développer une nouvelle classe de médicaments, dits modulateurs allostériques.

Cette technique consistant à «moduler» les récepteurs nerveux comme on module la lumière, sera utilisée, dans ce cas, pour soigner les symptômes, voire ralentir, la progression de la maladie de Parkinson. Ce grave dérèglement du système nerveux touche 1,5 million de personnes aux Etats-Unis où 60000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. «Notre molécule pourra être utilisée en phase précoce de la maladie. Elle ouvre aussi la perspective d'une combinaison avec les traitements habituels qui se limitent à la substitution de la dopamine», explique le PDG d'Addex.

La somme initiale versée par Merck, trois millions de dollars, paraît faible. «N'oubliez pas qu'il s'agit de développement précoce, en première année d'optimisation, explique Vincent Mutel. Si tout se passe bien, il faudra une dizaine d'années pour déboucher sur un médicament. Nous cherchons activement des partenaires car nous n'avons pas les moyens financiers de mener des essais cliniques dans le domaine du système nerveux.» Si les recherches de Merck aboutissent, Addex recevra 106,5 millions de dollars, puis 61 millions de dollars si un deuxième médicament peut être développé. La jeune société genevoise s'est réservé un droit limité de commercialisation en Europe et touchera des royalties, dont le pourcentage reste confidentiel. Elle a vu son titre chuter de plus de 50% depuis l'entrée en bourse en mai 2007. L'accord annoncé hier l'a fait progresser de 12,3%, ramenant la perte à moins de 40%. Les trois millions de dollars versés par Merck, ajoutés aux trois millions d'euros touchés en 2004 dans le cadre d'une première collaboration avec Johnson & Johnson, mettent du beurre dans les épinards.

Nouvel accord espéré

Mais Addex espère vivement la signature d'un nouvel accord de partenariat dans le domaine du traitement de la migraine et des brûlures d'estomac pour l'aider à sortir rapidement des chiffres rouges. La petite entreprise de 70 personnes dispose de liquidités pour moins de 150 millions de francs et affiche une perte nette annuelle moyenne de plus de 20 millions. Elle a abandonné, en octobre, le développement d'un médicament pour le sevrage tabagique, mais cherche toujours à vendre cette molécule.