Il y a bien sûr les exemples évidents, intuitifs. Lancée en novembre dernier, la plateforme Soignez-moi.ch, qui propose de la télémédecine, a ainsi rapidement fait ses preuves. Constat identique pour Magic Tomato. Active dans la livraison de paniers de produits frais, cette jeune entreprise basée à Carouge a vu ses commandes multipliées par cinq depuis le début de la crise. Dans un créneau proche, il en va de même pour Smood et Eat.ch, ou, de l’autre côté de la Sarine, pour Farmy.

Du placement temporaire au travail à distance

D’autres jeunes sociétés évoluant dans des secteurs moins familiers du grand public font aujourd’hui face à un fort engouement. La start-up zurichoise Coople, spécialisée dans le placement de temporaires «last minute» a très rapidement fait l’objet d’une avalanche de demandes. «Nous travaillons surtout pour la restauration, l’hôtellerie, l’événementiel, mais aussi le commerce de détail et la logistique», note Simon Vogel, directeur romand de cette société fondée au sortir de la crise financière de 2009. «Du jour au lendemain, toute la demande s’est concentrée sur le secteur de la vente d’alimentation.» Selon lui, une chaîne de supermarchés a mis Coople en concurrence avec une agence de placement traditionnel. Objectif: trouver 800 personnes en 48 heures. C’est, assure-t-il, l’algorithme qui l’a emporté.

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Plus discrète que la licorne berlino-zurichoise GetYourGuide – d’ailleurs frappée de plein fouet par la paralysie des activités touristiques –, Beekeeper exploite elle aussi un modèle parfaitement adapté à la situation actuelle. Egalement née sur les bords de la Limmat, mais aussi présente à Lausanne, cette start-up propose des outils de communication pour le travail à distance. Elle enregistre de nouveaux contrats tout en devant gérer les besoins croissants de ses clients historiques parmi lesquels figurent beaucoup d’hôpitaux. Elle promet en effet une sécurisation maximale des données, qu’elle assure également stocker dans des centres basés en Suisse.

La situation se révèle plus contrastée dans le domaine de la recherche et des technologies médicales. De la vaudoise Abionic à la zurichoise InSphero, de nombreuses start-up se mobilisent pour contribuer à éviter les chocs septiques, mettre des solutions de test à disposition des chercheurs ou – pour la zurichoise Memo Therapeutics – développer un traitement basé sur les anticorps des personnes résistantes au coronavirus.

Le retour sur investissement est plus incertain. ll s’est en revanche matérialisé très vite chez SkyCell. Cette entreprise zougoise, dans lequel le fonds genevois Capital Transmission a récemment investi, produit des containers sophistiqués pour transporter du matériel médical. Ses services ont été abondamment sollicités d’entrée de jeu.

Défi logistique et organisationnel

Si des start-up carburent actuellement à plein régime, ce n’est pas le fruit du hasard. La numérisation avancée des solutions qu’elles ont développées se fond à merveille dans les besoins que génère l’économie du semi-confinement. «L’hyperflexibilité de notre plateforme nous offre une grande agilité», note Simon Vogel, de Coople. Beekeeper a, de son côté, pu mettre au point en deux temps trois mouvements un kit de crise qu’elle propose aux entreprises à des conditions attractives.

Car si la tentation de majorer ses prix peut être grande, les start-up assurent ne pas y avoir cédé. «La demande nous aurait permis de facturer la livraison de nos paniers 15 francs, relève Paul Charmillot, fondateur de Magic Tomato. Mais nous avons décidé de la laisser gratuite.» Une forme de solidarité qui, en matière de marketing, devrait de toute manière se révéler payante sur le long terme. Car tous se posent la question de la pérennité de ce succès une fois l’épidémie enrayée. «Nous avons en tout cas prouvé notre modèle d’affaires en période de crise», constate Simon Vogel.

Un test en situation réelle

Des mots qui auraient pu être prononcés par Maxime Gabella. Ce physicien a fondé en début d’année, sur le campus de l’EPFL, la société Magma Learning. Il entend commercialiser une plateforme d’apprentissage à distance, dopée à l’intelligence artificielle. Il a rapidement ouvert l’intégralité des fonctions de son outil aux étudiants et travaille activement avec l’établissement de formation pour que ceux-ci puissent en exploiter pleinement les atouts: «se mesurer entre eux, mais aussi collaborer dans certains projets».

Le test en situation réelle que le coronavirus a provoqué prouve l’intérêt de sa vision entrepreneuriale. Il a déjà par ailleurs convaincu l’Université Harvard et est en discussion avancée avec d’autres universités prestigieuses. Seule inconnue pour le secteur de la edtech: l’ardoise que laissera le coronavirus derrière lui. Une crise des finances publiques serait de mauvais augure pour les technologies liées à la formation.