MATIERES PREMIERES

Les jeunes sociétés minières viennent en masse se faire coter à Londres

Pas moins de 73 sociétés minières sont entrées à la Bourse londonienne des investissements alternatifs AIM depuis 2004, levant près de 450 millions de livres sterling.

Inexistante il y a dix ans, la Bourse londonienne des investissements alternatifs AIM est aujourd'hui devenue l'une des premières places financières au monde pour les jeunes sociétés minières en quête de fonds.

Poussées par la bulle des matières premières, bénéficiaires de la vague de concentration du secteur minier et attirées par la réglementation relativement souple d'AIM en comparaison avec le London Stock Exchange, pas moins de 112 jeunes sociétés minières sont parvenues à se faire admettre depuis 2004 sur AIM, dont 73 par le biais d'entrées en Bourse (IPOs). La tendance devrait se poursuivre en 2006, année qui recense déjà dix admissions, dont sept par voie d'IPOs.

La valeur boursière des 20 plus grandes sociétés minières cotées sur AIM et recensées par l'indice Mining Eye du cabinet d'audit Ernst & Young a grimpé de 31% au cours du premier trimestre 2006. Le secteur minier représente 18% de la capitalisation boursière de 72 milliards de livres sterling d'AIM.

La réputation de Londres dans la cotation de sociétés minières date depuis longtemps, avec les introductions en Bourse de BHP Billiton, Rio Tinto, Vedanta et Xstrata. L'expertise de nombreux investisseurs britanniques dans la compréhension des marchés émergents et des risques liés aux matières premières ont également fait de la place londonienne un endroit privilégié par les sociétés étrangères. Kazakhmys plc, l'une des plus grandes sociétés de cuivre au monde et numéro un au Kazakhstan, est devenue en octobre 2005 la première compagnie de la Communauté des Etats indépendants à entrer sur le marché principal de la Bourse de Londres.

Sursouscrite onze fois, l'introduction en Bourse a permis au groupe de lever 661 millions de livres sterling afin de financer Aktogai, son projet de croissance principal près de la frontière chinoise, et d'augmenter sa production de cuivre de 50%.

Néanmoins, la correction récente des marchés boursiers a jeté une ombre sur les matières premières - à leur plus haut niveau depuis quinze ans - ainsi que sur les projets de financements des sociétés minières. Pendant combien de temps encore l'engouement des investisseurs pour le secteur durera-t-il?

Nick Hatch, analyste minier chez Investec, n'ose pas se prononcer: «Il est difficile de dire si c'est une correction saine dans un marché qui continue d'être porteur (grâce notamment à la forte demande chinoise, ndlr), ou si la bulle des matières premières a éclaté. Le prix des matières premières continue d'être bien au-delà du raisonnable et nous pourrions encore voir des prises de bénéfice. Les sociétés minières auront donc peut-être plus de difficultés à l'avenir à lever des fonds.»

PricewaterhouseCoopers avait mis en garde l'année dernière les investisseurs contre un retournement de marché: «Les sociétés minières d'AIM devront relever le défi de convertir ces projets d'investissement en mines qui fournissent des rendements acceptables, même en période de bas de cycle.» Le cabinet d'audit était allé encore plus loin, évoquant le risque que certains des fonds levés soient investis dans des projets qui auraient été rejetés il y a quelques années. Or pour AIM, rien de pire ne serait à craindre qu'un scandale de l'ampleur de celui de la société canadienne Bre-X Minerals Ltd. qui, en 1997, avait sérieusement endommagé la réputation des Bourses de Vancouver et Toronto avec de prétendues découvertes de mines d'or en Indonésie.

Consciente de ce risque et soucieuse de maintenir sa crédibilité face à l'engouement des investisseurs et des sociétés, AIM a récemment changé sa procédure d'admission pour les sociétés minières. L'institution les oblige à recruter un expert dans leur secteur d'activité ainsi qu'un conseiller afin de vérifier que les informations fournies lors de la procédure d'admission soient correctes.

A l'heure où la concurrence entre Bourses de matières premières ne cesse de croître, les critiques ne peuvent rester ignorées. «AIM a pris les mesures nécessaires en réponse à certaines des craintes soulevées. C'est une bonne chose», remarque Jason Burkitt, directeur du secteur minier chez PricewaterhouseCoopers à Londres. L'avenir dira si l'équilibre choisi par AIM entre son désir de promouvoir un marché faiblement réglementé et celui de conserver sa crédibilité est le bon.

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