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Le sphinx dans le Discovery Tour d’Ubisoft. (DR)

Suisse 4.0

Les jeux vidéo poussent les portes des classes d’histoire

Avec «Assassin’s Creed Origins», Ubisoft fait un pas de plus vers le monde éducatif en proposant un mode de jeu dédié à l’enseignement de l’histoire. Les spécialistes s’en réjouissent mais demeurent sceptiques

«Rien n’est vrai, tout est permis.» Le credo des assassins héros de la licence de jeux vidéo Assassin’s Creed constituait un titre tout trouvé – et volontairement provocateur – pour un cours public organisé à l’Université de Lausanne (Unil), mercredi 18 avril. Plusieurs historiens et enseignants de l’école vaudoise, ainsi que des spécialistes du jeu vidéo étaient venus discuter d’Assassin’s Creed Origins, dernier épisode de la saga. Avec une question plus générale en tête: et si les jeux vidéo, ces éléments de culture populaire, faisaient leur entrée en salle de classe d’histoire?

Epoques charnières

L’histoire des jeux Assassin’s Creed se déroule à la fois à notre époque et – surtout – dans le passé. On y incarne divers personnages contemporains qui utilisent l’Animus, une machine leur permettant de revivre les souvenirs de leurs lointains ancêtres membres de l’Ordre des assassins. Les Croisades, la Renaissance italienne, la fin de la piraterie des Caraïbes ou encore la Révolution française: chaque épisode plonge le joueur dans des époques charnières de l’histoire du monde.

Développé et édité depuis 2012 par Ubisoft, la licence a toujours flirté avec le réalisme historique, notamment en termes de reconstitution géographique et architecturale. Mais puisqu’elle reste avant tout un divertissement, certains «écarts» sont tolérés: l’affrontement final du deuxième opus impose ainsi de casser la figure… au pape Alexandre VI.

Musée vivant

Pour ce dernier épisode, qui se passe en Egypte pharaonique, l’éditeur français a fait un pas supplémentaire en direction des corps académique et éducatif. Le 20 février a ainsi été publié le Discovery Tour, une extension d’Assassin’s Creed Origins à visée pédagogique dans lequel le jeu, débarrassé de ses attributs (ennemis, missions et autres dangers), devient un «musée vivant de l’Egypte ancienne, […] une manière de rendre le jeu plus accessible aux enseignants, élèves et étudiants», comme le vante Ubisoft dans un communiqué.

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Concrètement, on déplace un personnage le long d’une ligne tracée au sol. Celle-ci nous mène d’une «station» à un autre, comme on se déplacerait dans un musée, afin de lire des informations ici sur un temple, là sur une statue, etc. «C’est la première fois qu’un tel blockbuster crée spécifiquement un mode à vocation pédagogique taillé pour être utilisé en classe», a rappelé le docteur en sciences du jeu Selim Krichane, membre du GameLab, groupe d’étude de l’Unil sur le jeu vidéo.

Les profs d’histoire qui s’intéressent un minimum au jeu vidéo connaissent bien Assassin’s Creed. Le jeu demande un certain investissement de la part des joueurs, ce qui peut consolider leurs connaissances sur la période historique considérée. «Un Assassin’s Creed sur la Révolution française ou l’Egypte antique demande vingt à trente heures pour en arriver à bout. Cela restera toujours plus que le nombre d’heures prévu par les programmes scolaires sur ces thèmes», a dit l’historien Dominique Dirlewanger, également enseignant et président de la conférence cantonale vaudoise des chefs de file d’histoire.

L’histoire selon Ubisoft

Se pose évidemment l’inévitable question sur les erreurs, approximations et autres incertitudes que l’on peut relever. Bien qu’elle dise s’être entourée d’historiens et d’égyptologues pour produire le jeu, Ubisoft n’en demeure pas moins une entreprise dont le premier objectif est de vendre des jeux vidéo. Sur ce point, les spécialistes présents à l’Unil ont fait une nette distinction entre le jeu et son Discovery Tour.

S’il modifie allégrement la géographie de la vallée du Nil (principalement en la «condensant» pour rendre les déplacements plus rapides, ou en augmentant la taille de certains édifices pour les rendre plus impressionnants), le jeu n’en demeure pas moins une fantastique reconstitution de ce berceau de civilisation, avec ses pyramides, ses temples, ses obélisques, ses oasis et sa faune sauvage. «C’est réducteur, superficiel et splendide», a résumé Sandrine Vuilleumier, égyptologue à l’Université de Heidelberg. Montrer le jeu à ses élèves, en le plaçant dans son contexte, est aussi enrichissant que d’évoquer l’histoire à l’aide d’autres œuvres de fiction, films ou romans. «On sait qu’un jeu vidéo fait appel à l’imagination, ce n’est pas un problème», a-t-elle ajouté.

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Présenté avec une légitimité scientifique, le Discovery Tour a en revanche cristallisé plus de critiques. Sa muséographie ultra-classique a déçu les professeurs. «Suivre un chemin, lire des textes: c’est tout ce qu’il ne faut pas faire pour intéresser des élèves!» a déploré Dominique Dirlewanger. «De l’histoire selon Ubisoft», a pour sa part fustigé Matthieu Pellet, historien des religions à l’Unil. «On reste dans un musée figé, Ubisoft a raté l’occasion de nous faire vivre un véritable tour dans le passé.» Surtout, avec ses faits présentés de manière arbitraire, le travail des historiens passe pour un processus figé et non contradictoire, soit tout le contraire de ce qu’il faudrait inculquer aux élèves. Dominique Dirlewanger se verrait bien, avec ses élèves, utiliser «une version plus libre du Discovery Tour, dans laquelle l’enseignant pourrait construire l’expérience et non la subir». De quoi donner des idées pour le prochain Assassin’s Creed?

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