EFG International, avec 2137 employés, et la BSI, avec 1900 collaborateurs, ont annoncé leur fusion lundi matin à Zürich. Avec 170 milliards de francs d’actifs sous gestion (88 milliards la BSI et 83 milliards EFG), elles créent le «cinquième institut de gestion de fortune du pays», selon la direction. Presque l’égal de Pictet.

Joachim Strähle, patron de EFG s’est félicité d’avoir trouvé «une solution suisse» au terme d’un processus de quelques mois. C’est l’arrestation le 25 novembre dernier d’André Esteves, actionnaire et propriétaire de BTG Pactual, qui a précipité la vente. L’actionnaire unique de la BSI a été pris dans le scandale Petrobras trois mois après que la finalisation du rachat de la BSI à Generali.

Convoitée par la Banque cantonale du Tessin, EFG a offert le meilleur prix, selon la direction. Celui-ci s’élève à 1,33 milliard de francs, dont 975 millions en liquidités et le reste en titres, un prix légèrement inférieur aux 1,5 milliard payé par les Brésiliens en son temps. La nouvelle banque, dont le siège sera à Zürich, continuera de porter les noms de EFG International et BSI et elle restera cotée en bourse. EFG Group en sera le premier actionnaire avec «plus de 35%», devant BTG Pactual, avec 20% et le public, 45%.

La transaction aura un effet positif sur le bénéfice à partir de 2018, selon la direction, laquelle a souligné la complémentarité des instituts. Des économies sont prévues pour un montant de 185 millions de francs d’ici 2019 en raison de divers doublons. Des réductions d’emplois sont attendues, mais la direction n’a pu en préciser l’étendue. En bourse, le titre EFG a chuté de 7,8% lundi à 6,18 francs. Joachim Strähle, directeur général de cette dernière, répond au Temps:

– Le Temps: Est-ce que nous assistons à la fusion de deux banques malades?

– Joachim Strähle: Je ne suis pas de cet avis. Si vous considérez les chiffres et la taille des deux instituts, vous verrez que notre volonté de créer une nouvelle grande banque est parfaitement sensée. Les deux instituts sortiront renforcés. Les revenus et les coûts doublent, mais nous économiserons environ 185 millions de francs. Le coefficient de rentabilité (coûts/revenus) sera donc convenable. Le risque porte sur le choix et l’intégration d’une plate-forme informatique -BSI dispose du système Avaloq et EFG de Temenos –, mais c’est un exercice que les deux banques ont déjà maîtrisé dans le passé. L’informatique représente plus de la moitié des économies envisagées. Le reste consiste en doublons dans les régions. Les prévisions exactes concernant les synergies feront l’objet d’une analyse approfondie. Je pense personnellement que la fusion représente une formidable solution suisse. C’est, à mon avis, la plus grande transaction dans la gestion de fortune suisse depuis des années.

– 1,325 milliard de francs, n’est-ce pas trop cher payé?

– La valeur comptable de la BSI s’élève à 1,428 milliard de francs. Sur la base du cours de vendredi de EFG, le prix d’achat atteint 1,328 milliards. Nous sommes contents d’avoir un «badwill» (différence négative entre le prix d’achat et la valeur économique, ndlr) et non un «goodwill» dans nos comptes. Cela rend la transaction très attractive pour nos actionnaires.

– En quoi est-ce que la nouvelle banque sera suisse? L’actionnaire de BSI est brésilien et votre actionnariat est aussi très international, non?

– C’est le cas de toutes les banques suisses concurrentes, non? Je ne connais pas d’ailleurs le pourcentage exact de notre actionnariat suisse.

– Quelle est la part du bénéfice réalisée en Suisse?

– 51% du bénéfice de la BSI est d’origine suisse. Le pourcentage est nettement plus faible pour nous. La fusion nous permet ainsi de nous renforcer en Suisse.

– Comment évaluer les risques juridiques liés à l’affaire de possible corruption du propriétaire de la BSI au Brésil et des soupçons de détournement à Singapour?

– Je vous assure que nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour nous protéger d’éventuelles conséquences juridiques. Un compte a en outre été créé spécifiquement à cet effet pour un montant capable d’absorber toute mauvaise surprise.

– Vous aviez dirigé la Banque Sarasin et l’aviez fusionné avec J.Safra, maintenant vous fusionnez EFG et BSI. Mais est-ce que vous restez en place au sein de la nouvelle banque?

– Oui, et pour ma part, je serai engagé à 100% dans la mise en œuvre de la fusion. J’y consacrerai toute mon énergie et ma passion et je me réjouis d’assumer ce défi.