Le «job sharing» permet aux femmes d’accéder à de hautes fonctions

Egalité Partager son travail donne accès à des postes à temps plein

L’exercice favoriserait les femmes, mais il exige une bonne synergie

Une mission et deux personnes à 50% pour la conduire solidairement. Voilà une définition possible du terme job sharing: mode de travail qui a fait l’objet – la semaine passée à Berne – d’une conférence de presse sous l’égide de l’association Part Time Optimisation (PTO). Celle-ci a présenté un guide du job sharing, disponible en ligne*, et les résultats d’une enquête à laquelle ont répondu 384 entreprises du public et du privé. On y a découvert que 27% des sociétés ayant participé au sondage pratiquent le partage du travail.

Les deux fondatrices de PTO, Irenka Krone-Germann et Anne de Chambrier, partagent elles-mêmes un poste au sein du Secrétariat d’Etat à l’économie. Pour elles, le job sharing représente la possibilité pour les femmes d’accéder à des postes à responsabilités, des fonctions qui demeurent réservées soit à des hommes, soit à des femmes qui font l’impasse sur leur vie de famille ou choisissent d’«externaliser» l’éducation de leurs enfants. «Notre marché de l’emploi n’utilise pas assez le potentiel de femmes hautement formées et à temps partiel: certaines restent confinées à des niveaux de responsabilités inférieurs, regrette Irenka Krone-Germann. Avec le job sharing, la voie s’ouvre pour postuler à des niveaux supérieurs.» Les chiffres produits par PTO dans son guide indiquent qu’en Suisse, 58% des femmes travaillent à temps partiel contre 14% des hommes. «Cet écart entre les deux sexes est l’un des plus élevés au monde», souligne l’association. Pour qui cette situation représente un gaspillage.

«J’ai voté non à l’initiative «Contre l’immigration de masse» le 9 février, indique Irenka Krone-Germann, mais ce texte aura peut-être un effet positif: celui de faire sortir des femmes de chez elles pour rejoindre le marché du travail.» Cette économiste rappelle que «près de 30% de femmes bien formées s’arrêtent de travailler dès qu’elles deviennent mères». Le message qui est lancé revient souvent à leur dire que c’est tout (un temps plein, ndlr) ou rien, indique en substance cette économiste.

Paradoxalement, plus les mères de famille sont formées, plus elles ont tendance à travailler à temps partiel, relève PTO. C’est ce que montre une étude de l’Office fédéral de la statistique datée de 2009. Les femmes avec un ou plusieurs enfants de moins de 15 ans et qui sont au bénéfice d’une formation de degré tertiaire sont 61% à travailler à temps partiel, contre 37% pour des femmes ayant uniquement suivi l’enseignement obligatoire. Le job sharing est-il réservé à l’élite? Irenka Krone-Germann ne le pense pas. «J’ai rencontré des caissières intéressées par un poste de gérante qui ne pouvaient y avoir accès avec un temps partiel. En partageant le travail, on leur permettrait d’avancer dans leur carrière.» Pour autant, le job sharing n’est pas une sinécure. La codirectrice de PTO insiste sur la nécessité de partager des valeurs communes avant de se lancer. «Ecrire un texte à deux implique de peser tous les mots. Cela peut être difficile, mais on apprend beaucoup. Il faut des compétences sociales et l’on doit être capable de mettre son ego au placard.»

* Le guide de PTO est disponible sur www.go-for-jobsharing.ch

«L’initiative du 9 février aidera peut-être des femmes à rejoindre le marché du travail»