L’innovation fait partie des thèmes au menu de Forum Horizon 21. Organisé le 2 février par l’IMD et Le Temps, l’événement en ligne aura pour principaux intervenants Thomas Jordan, Président de la Banque nationale suisse et Pierre-Alain Ruffieux, CEO de Lonza. Programme et inscriptions à l'adresse: https://www.letemps.ch/horizon

Les Etats-Unis de Donald Trump n’ont pas lancé de guerre commerciale uniquement contre la Chine. Ils n’ont pas non plus épargné l’Union européenne (UE), pourtant composée d’alliés historiques. Quelles seront les futures relations transatlantiques sous l’administration Biden alors même que Bruxelles et Pékin viennent de signer un Accord sur les investissements? Washington va-t-il déterrer le projet d’accord de libre-échange dont les négociations avaient été suspendues par le président Trump? Et la Suisse? Un accord de libre-échange avec les Etats-Unis est-il envisageable ces prochaines années?

Lire également: Joe Biden, le risque de désillusions européennes

Ces questions feront l’objet d’un débat organisé par Le Temps, l’école de management IMD à Lausanne ainsi que la Banque CIC le 2 février, sous le thème «2021, l’année de tous les possibles économiques». En attendant que l’administration Biden précise sa politique, certains signes présagent des relations tendues entre les Etats-Unis et ses partenaires. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche a donné le ton vendredi. Il a annulé le projet conjoint Etats-Unis-Canada de pipeline Keystone, qui devait ramener du brut canadien aux raffineries américaines. Joe Biden, qui a promis de promouvoir le multilatéralisme, a en réalité imposé sa décision à Ottawa, sans la moindre consultation.

La méfiance s’installe

Force est de constater qu’en matière économique une certaine méfiance s’installe aussi entre la nouvelle administration américaine et l’UE. Pour cause, Washington entend donner force de loi à la doctrine conservatrice «America First». Le président Biden devait signer un décret dans ce sens lundi. La décision qui intervient dans le cadre de la politique de relance contiendrait une clause qui obligerait les entreprises à intégrer des produits et matières premières américains dans les projets d’infrastructures. Le nouveau pouvoir veut aller plus loin que le Buy American Act de 1933 qui est toujours en vigueur. Selon lui, la préférence nationale n’a pas toujours été mise en œuvre de façon cohérente et efficace.

Selon le Financial Times de lundi, qui cite des sources proches du président Biden, il n’y aura pas de retour en arrière en ce qui concerne la doctrine «America First»: «Le président croit dans la vitalité de l’industrie manufacturière américaine. Nous voulons utiliser l’argent de nos contribuables pour soutenir des emplois américains.» Mais pour les Européens, la doctrine «Buy American» relève du protectionnisme.

L’Europe a fait la sourde oreille

Alors qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a salué mercredi dernier le discours d’investiture du président Biden, Charles Michel, président du Conseil européen, l’a reconnu: «Nous avons des différends et ces derniers ne disparaîtront pas. Mais l’UE saura défendre ses intérêts.» En décembre, les dirigeants européens ont fait la sourde oreille à un appel de l’entourage de Joe Biden, qui leur avait demandé de ne pas se précipiter pour signer l’Accord sur les investissements avec la Chine.

Martin Naville, directeur de la Chambre de commerce Suisse-Etats-Unis (AmCham), met en garde contre un optimisme démesuré en ce qui concerne les relations transatlantiques. «Le changement d’administration n’efface pas les différends entre Washington et Bruxelles, affirme-t-il. Les sujets de confrontations sont multiples.» En effet, les droits de douane sur de nombreux produits sont 50% plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis. A ce sujet, Donald Trump a maintes fois menacé d’imposer des surtaxes sur l’automobile européenne mais n’est pas passé à l’acte.

Et aussi: Grande peur sur l’automobile allemande

Ensuite, dans le domaine agricole, l’UE interdit les produits transgéniques, ce qui fait grincer les dents aux exportateurs américains. Autre sujet: la taxation unilatérale des entreprises technologiques, qui, selon Martine Naville, donnera inéluctablement lieu à un sérieux bras de fer. Enfin, Washington veut stopper le projet gazier Nord Stream 2 qui relie la Russie à l’Europe. Pour Bruxelles, il s’agit pourtant d’un canal indispensable à son approvisionnement énergétique.

La Suisse n’est pas une priorité

«Il y a peu de chances que l’administration Biden rouvre le chantier du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP)», poursuit Martin Naville. Le président Trump avait suspendu les négociations dès les premiers jours de son mandat en janvier 2016. Mais, du côté européen, il y avait également beaucoup d’opposition, notamment au sein de la société civile et au Parlement européen. Pour le président d’AmCham, les démocrates qui sont proches des syndicats ne sont pas partisans de tels accords. «On pourrait imaginer qu'un TTIP light soit négocié, mais ce serait après les élections cruciales de mi-mandat en 2022, indique-t-il. Il pourrait porter notamment sur la réduction, voire l’abolition, des droits de douane sur les produits industriels.»

Et encore: Suisse-Etats-Unis: un chantier s’ouvre

En ce qui concerne les relations Suisse-Etats-Unis, Martin Naville n’aperçoit pas de changement majeur ces prochains mois. «L’administration Trump avait une grande sympathie pour un accord bilatéral, mais ce n’était pas sa priorité, relève-t-il. Ce ne sera probablement pas différent avec l’administration Biden.»