«On peut imaginer des collaborations avec Roche»

Le Temps: Le siège de Novartis est-il au bon endroit en Suisse, avec le franc fort, l’incertitude concernant le recrutement de personnel européen et l’insécurité du cadre fiscal?

Joe Jimenez: Vous pouvez constater que Novartis continue à investir en Suisse, sur le campus de recherche à Bâle mais aussi dans la production à Stein. C’est vrai, l’environnement réglementaire suisse pourrait poser problème à terme, mais tant que les conditions-cadres resteront ce qu’elles sont, nous continuerons à investir. Certaines composantes solides, comme la protection de la propriété intellectuelle ou la législation libérale sur le travail, compensent les quelques aspects négatifs.

– Le contrôle de l’usine de Prangins (VD) est passé en mains de Glaxo­SmithKline (GSK) avec la création d’une société commune pour le commerce de médicaments vendus sans ordonnance. Les emplois sont-ils menacés?

– L’usine de Prangins appartient à GSK et nous ne sommes plus responsables des opérations. Je n’ai pas d’indication selon lesquelles il y aurait des changements fondamentaux. En ce qui concerne Novartis, à la suite des dernières transactions, comme l’acquisition de médicaments contre le cancer de GSK et la vente des unités d’affaires dans les vaccins et la santé animale, les emplois du groupe en Suisse sont passés de 15 000 à 13 000. Nous ne prévoyons pas de modification importante de ce chiffre. Aucun plan de restructuration n’est envisagé au niveau du groupe.

– La division Sandoz, centrée sur les médicaments génériques, occupe la deuxième place mondiale du secteur. Désirez-vous profiter du mouvement de consolidation actuel dans ce domaine pour devenir numéro un?

– Quelle que soit la future configuration économique du secteur des génériques, Sandoz aura toujours la taille suffisante pour être compétitif partout dans le monde. Il n’y a aucun projet, de notre côté, de participer à ce mouvement de consolidation puisque nous pouvons assurer une croissance sans cela.

– Votre salaire est plus de 200 fois plus élevé que celui de l’employé le moins bien payé dans l’entreprise. Est-ce correct selon vous?

– Le conseil d’administration a fixé mon salaire et il pense que Novartis doit se battre, sur un marché global, pour obtenir les meilleurs professionnels de la branche. Cette règle est valable à tous les niveaux hiérarchiques de l’entreprise. Si vous comparez mon salaire à ceux offerts dans de grandes entreprises multinationales, vous constaterez qu’il se situe dans la moyenne.

– Le paquet d’actions de Roche, de plus de 30%, en mains de Novartis, est-il davantage aujourd’hui un investissement stratégique qu’un placement financier?

– Cela n’a pas changé. Cela reste un investissement financier avec une composante stratégique.

– Pourtant, lorsqu’on observe les portefeuilles des deux groupes bâlois en oncologie, on se dit qu’un rapprochement ferait sens…

– Des accords commerciaux concernant deux médicaments existent déjà avec Roche. On pourrait aussi tout à fait imaginer des collaborations à caractère scientifique, dans la recherche et le développement. Mais l’occasion ne s’est pas encore présentée.

– En Colombie, les autorités suisses aident Novartis à combattre le projet de licence obligatoire pour votre anticancéreux Glivec. Novartis n’est-il pas assez fort pour se battre tout seul, sans le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco)?

– Je ne me prononce pas sur la présence du Seco dans ce dossier. Novartis respecte les lois en Colombie et nous sommes surpris que certaines organisations non gouvernementales demandent au gouvernement de décréter une licence obligatoire. Ce type de démarche menace les systèmes de santé car l’industrie pharmaceutique a un besoin vital de la protection des brevets pour investir dans la recherche et l’innovation. Sans cette protection, les actionnaires refuseraient d’investir dans ce secteur à haut risque.

– Mais Glivec est un ancien produit, en fin de brevet, déjà remplacé sur le marché par un médicament plus efficace… – L’important, dans cette affaire, est le respect du principe de la protection des brevets, et non le simple dossier Glivec. Propos recueillis par W. B.