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Swiss Federal Councillor Johann Schneider-Ammann, left, speaks with Uruguay's Foreign Minister Rodolfo Nin in a press conference during an official visit in Montevideo, Uruguay,Thursday, May 3, 2018. Schneider-Ammann is on a visit to Mercosur trade…

Libre-échange

Johann Schneider-Ammann: «Je veux convaincre les paysans suisses avec des faits et des chiffres»

En voyage en Amérique du Sud, le conseiller fédéral en charge de l'Economie accélère le pas. La signature d'un accord de libre-échange avec le Mercosur constitue l'une de ses priorités. Entretien

Johann Schneider-Ammann est sur tous les fronts. Après l'Afrique en mars, le conseiller fédéral en charge de l'Economie vient d'achever un voyage d'une semaine dans les quatre pays du Mercosur. Au programme, le Paraguay, le Brésil, l'Uruguay puis l'Argentine, soit un marché de 260 millions de consommateurs. Le ministre était accompagné d'une délégation de cinquante représentants de l'industrie, de l'agriculture, de la recherche, ainsi que des membres du Parlement fédéral et des gouvernements cantonaux, comme les libéraux vaudois et genevois Philippe Leuba et Christian Lüscher. «Le but de ce voyage est tout d'abord de recueillir un maximum d'informations objectives sur les chances et les risques que les pays du Mercosur présentent pour notre économie en cas d'ouverture des marchés. Ensuite, de mieux comprendre les craintes et les espoirs respectifs lorsqu'on parle de libre-échange entre l'AELE (ndlr.: Suisse, Norvège, Islande et Liechtenstein) et le Mercosur. Si ces deux buts sont atteints, le débat en Suisse deviendra plus rationnel et plus objectif», confiait le ministre vendredi à Buenos Aires, dernière escale de son voyage. Entretien

Le Temps: Les paysans suisses craignent cet accord. Comment voulez-vous les convaincre qu'il ne les menace pas?

Johann Schneider-Ammann: Avec des faits et des chiffres. En avril, nous avons présenté devant l'Union suisse des paysans des résultats de modélisation pour le bœuf. Si on transpose le volume d'exportations de viande du Mercosur actuellement en discussion avec l’Union européenne à la taille de la Suisse, on obtient des chiffres raisonnables. Même les représentants suisses de l'agriculture ont dû reconnaître que c’était acceptable. En outre, il y a également des opportunités pour les agriculteurs et leurs produits d’exportation.

En Argentine, les principales matières premières agricoles exportées sont le soja et le maïs transgéniques. Or, les consommateurs suisses n'en veulent pas. Comment comptez-vous résoudre cette problématique dans un futur accord de libre-échange avec le Mercosur?

La question des OGM n'a pas fait l'objet de discussions ni de négociations avec les pays du Mercosur.

Qu'en est-il du bétail et de l'utilisation d'hormones de croissance?

Que ce soit pour la volaille ou le bétail, elles sont interdites dans les pays du Mercosur, même si on continue à colporter cette fausse information en Suisse.

L'Argentine semble très intéressée à signer un accord de libre-échange avec l'AELE. Qu'en est-il du Brésil, première économie du continent?

En 2011, lors de ma première année en tant que conseiller fédéral, je me suis rendu au Brésil pour sonder la possibilité d'un accord de libre-échange avec le Mercosur. Les Brésiliens m'ont répondu qu'ils n'étaient pas intéressés, leur priorité était de négocier avec les grands blocs comme les Etats-Unis. En 2013, le ministre brésilien des affaires étrangères a tenu des propos similaires. La troisième fois, le Brésil a changé d'avis et ses représentants m'ont répondu qu'ils étaient intéressés par un accord de libre-échange entre le Mercosur et l'AELE. Ils veulent certes un accord avec l'Union européenne, car ils sont en négociation depuis une vingtaine d'années, mais un accord avec nous pourrait constituer pour le Brésil une base dans les négociations avec l'UE.

Des quatre pays de l'AELE, la Suisse semble le plus actif pour signer un accord de libre-échange avec le Mercosur. Les autres membres ont-ils le même intérêt que vous?

Depuis quatre ans, nous avons mené chaque année des discussions avec les autres pays de l'AELE et ils sont aussi intéressés. En cas d'accord de libre-échange entre le Mercosur et l'UE, la Suisse serait le pays le plus pénalisé. Nos fournisseurs pour le secteur automobile seraient particulièrement menacés. Nous sommes donc très actifs. Nous ne voulons pas perdre de temps, car nous ne voulons pas perdre en compétitivité si un accord entre les deux grands blocs est signé.

Vous quitterez le Conseil fédéral à fin 2019. Un accord avec le Mercosur pourra-t-il être signé avant votre départ? Est-ce votre priorité?

Je pousse au maximum pour que l'économie suisse ne souffre pas plus que nécessaire. A la question de savoir si un accord de libre-échange avec le Mercosur pourra être signé avant mon départ, je ne peux pas répondre. Par ailleurs, c'est une de mes priorités, mais pas la seule. Nous menons aussi des discussions en vue d'un accord de libre-échange avec l'Indonésie, la Malaisie, et voulons moderniser les accords en vigueur avec le Mexique et le Canada.

Quels sont les principaux obstacles dans les négociations avec le Mercosur?

Nous avons jusqu'à présent mené trois rondes de négociations depuis mi-2017. Si on regarde la presse suisse, on a l'impression que le seul problème est l'agriculture. C'est erroné. Les droits de propriété intellectuelle et certaines branches industrielles pourraient aussi susciter des discussions. 

Quel bilan tirez-vous de ce voyage?

J’ai pu me conforter dans mon idée que les quatre pays du Mercosur sont clairement favorables à un accord avec l'AELE. Ils veulent négocier et sont prêts à se mettre à table pour discuter. Nous devons saisir cette chance, même s’il y a aussi des défis. A la fin, ce qui compte pour moi, c’est que la Suisse puisse continuer à assurer des emplois à nos jeunes. 

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