Jomed est au bord du gouffre. Ses manipulations comptables (lire Le Temps du 15 janvier) ont incité les souscripteurs à l'emprunt convertible de 25 millions d'euros que la société avait émis en juillet dernier à demander à être remboursés intégralement sans délai; d'autres créanciers ont également fait valoir leurs droits. Jomed, à court de liquidités, n'est parvenu ni à obtenir un moratoire, ni à négocier les crédits nécessaires. Aussi, la société de technologie médicale a-t-elle déposé hier une demande de sursis concordataire aux Pays-Bas, où elle a son domicile légal. Le négoce de ses titres à la Bourse suisse SWX a été arrêté.

En droit néerlandais, l'entreprise est désormais placée sous l'autorité d'un curateur désigné par un tribunal. Ce curateur examine avec la direction les possibilités de restructuration, pendant une durée indéterminée, au cours de laquelle la société sursoit à ses paiements et ses créanciers ordinaires ne sont pas autorisés à faire valoir leurs droits. Le cas échéant, la société restructurée peut poursuivre ses activités, par la suite. A défaut d'une solution positive, la faillite serait prononcée.

Etant donné que les produits de Jomed, ainsi que son département de recherches, bénéficient toujours d'une excellente réputation, on spécule également sur une éventuelle reprise par une entreprise concurrente. Les noms de Medtronics, de Boston Scientific ou de Guidant sont évoqués dans ce contexte.

La révision des comptes change de mains

Jomed espère toujours parvenir à un accord avec ses créanciers, avec lesquels la négociation devrait se poursuivre sous l'égide du curateur désigné. La société estime qu'il lui faudrait 45 millions d'euros, parmi lesquels 30 millions serviraient à rembourser l'emprunt convertible de juillet dernier, 12 millions seraient destinés au règlement d'un second emprunt qui deviendra exigible le 12 février, et le reste financerait l'indispensable restructuration.

La société d'audit Deloitte & Touche Suède a fait savoir qu'elle renonce au mandat de révision de Jomed, qu'elle avait repris d'Andersen Suède. C'est Andersen qui avait approuvé les rapports annuels contenant des données inexactes, voire fictives. Par ailleurs, l'analyse en profondeur des comptes de 2001 et 2002, dont a été chargée KPMG, se poursuit malgré le sursis concordataire. On devrait savoir d'ici à une dizaine de jours quelle était la part de fiction dans ces bilans.