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Après le refus du peuple suisse à la réforme prévoyance 2020, quelles mesures les citoyens sont-ils prêts à accepter?
© Christian Merz / Keystone

Retraites

Jörg Odermatt: «Il n’y aura pas de réforme du 2e pilier avant cinq à dix ans»

Jörg Odermatt, directeur de PensExpert, estime que la Suisse est incapable de faire passer de grandes réformes dans le domaine de la prévoyance. L’avenir appartient à la méthode des petits pas. La priorité doit être accordée à l’assainissement de l’AVS

Jörg Odermatt est directeur général de PensExpert, le consultant leader en solutions de prévoyance individualisées (PensFlex solutions 1e). Ces dernières sont disponibles pour les hauts salaires. Pas moins de 800 entreprises et hôpitaux ont souscrit ce type de plan auprès de la fondation PensFlex.

L’expert présente son scénario sur l’avenir de la prévoyance.

Le Temps: Quel est votre scénario pour l’avenir des retraites après le non du peuple suisse au projet de réforme Prévoyance vieillesse 2020?

Jörg Odermatt: Le débat politique se concentrera sur l’AVS en raison de l’urgence d’une réforme du système de répartition. Je suis persuadé du soutien du peuple suisse en faveur d’un assainissement de l’AVS lors d’un vote qui serait séparé du 2e pilier.

– Comment assainir l’AVS?

– La réduction de la TVA (0,3%) prévue au 1er janvier 2018 est regrettable. Il aurait fallu que la hausse de la TVA prévue dans la réforme de la prévoyance soit mise en œuvre sans égard avec le reste du paquet Berset. Maintenant, l’urgence porte sur un relèvement de la TVA pour financer le fonds AVS qui, comme chacun le sait, sera vide dans une douzaine d’années. Le deuxième pas consiste à augmenter l’âge de la retraite pour les femmes. Il n’y a pas d’alternative crédible.

– La Suisse est-elle encore capable de se réformer?

– La Suisse peut entreprendre des réformes s’il s’agit d’avancer à petits pas, mais elle n’est sans doute pas capable d’accepter des réformes de grande ampleur comme l’était le projet Prévoyance vieillesse 2020.

– Que faire pour le 2e pilier?

– Les personnes plus âgées sont aujourd’hui opposées à une baisse du taux de conversion. Une réduction ne sera donc pas proposée au peuple ces prochaines années. La réforme du 2e pilier n’interviendra pas avant les cinq ou dix prochaines années.

Lire aussi:  Des solutions personnalisées pour l’ensemble du 2e pilier surobligatoire?

Les caisses de pension s’adaptent. Elles combinent par exemple les parties obligatoire et surobligatoire, la seconde finançant la première, ou elles relèvent les primes de risque (invalidité, décès). Mais ces subventions croisées sont à déplorer: elles rendent le système opaque et imposent aux assurés des redistributions qui sont contraires à l’esprit du 2e pilier lors de sa création.

– Vous plaidez pour introduire davantage de flexibilité dans la prévoyance, mais cela ne semble pas rencontrer une forte demande. Quel bilan en tirez-vous?

– Je continue de plaider pour une flexibilité accrue. La demande en solutions flexibles augmente, mais elle est limitée parce que le législateur est d’avis qu’elle ne devrait être réservée qu’aux salariés gagnant plus de 126 900 francs par an.

– Les hauts salaires sont-ils prêts à prendre des risques avec leur avoir de vieillesse?

– Les cadres comprennent qu’une flexibilité accrue leur ouvre davantage de possibilités d’investissement et une plus grande transparence. Le libre choix d’une stratégie s’accompagne de l’obligation de présenter une stratégie à faible risque (par exemple un compte d’épargne). Mais l’assuré ne peut obtenir guère plus d’un demi-pour-cent de rendement avec cette stratégie.

Si vous êtes jeune et pouvez accepter des fluctuations à court terme sur les actions (50% maximum du portefeuille peut être investi en actions), les espoirs de rendement sont supérieurs. La troisième possibilité se situe entre les deux, par exemple avec une part de 25% en actions. Le libre choix de la stratégie permet mais n’oblige pas à prendre des risques.

– Quel est le coût des stratégies de prévoyance individualisées (plans 1e) par rapport à celui d’une caisse de pension?

– Nos frais de gestion sont certainement plus élevés que ceux de Publica, la caisse de pension de la Confédération et des entreprises publiques, parce que ses stratégies consistent à investir en produits indiciels tels que les ETF, avec un coût très bas. Nous voulons aussi offrir des fonds bon marché. Nous proposons une structure avec un coût d’environ 0,5% (TER), auquel il faut ajouter les frais de dépôt. Les coûts totaux sont donc au maximum de 0,7% net. La question est ensuite de savoir quel rendement net peut être réalisé.

Cette année, notre performance va de 3 à 7,5%. Il faut la comparer à une caisse comme Publica, laquelle, avec par exemple un rendement de 4%, rémunère l’assuré à environ 1% et donne 3% pour les réserves. Chez PensFlex, à l’inverse, il n’y a pas de réserve collective. L’ensemble du rendement revient à l’assuré. La différence de rendement nette est donc favorable à une stratégie de prévoyance personnalisée.

Lire également:  Comment les cadres peuvent améliorer leur retraite

– Comment se développent les actifs gérés de façon flexible (plans 1e)?

– Il n’y a pas de statistique, mais le potentiel du marché 1e est de 30 à 40 milliards de francs. Avec la suppression de la garantie au 1er octobre 2017 (article 17, LPP), stipulant que l’employeur devait, en cas de baisse des marchés financiers, financer les pertes de l’assuré, le développement des solutions 1e est promis à une forte progression ces prochaines années. Avec les blocages politiques qui empêchent une réforme du 2e pilier et les effets de redistribution entre les parties obligatoire et surobligatoire, les hauts salaires ont fortement intérêt à investir dans les solutions 1e pour éviter de financer la partie obligatoire.

– Profitez-vous de la tendance à l’individualisation dans la société et de l’augmentation du nombre d’indépendants?

– Nous profitons effectivement de la tendance à l’individualisation. Mais l’augmentation du nombre des clients des solutions 1e concerne aussi bien les cadres supérieurs que les indépendants. Tous profitent de la transparence extrêmement élevée de ces solutions. L’assuré reçoit une attestation en début d’année lui indiquant le niveau de sa future retraite, mais aussi le rendement de l’avoir de prévoyance et les frais. Dans une caisse de pension classique, ces informations ne sont pas indiquées et de plus vous ne pouvez pas savoir comment sont utilisées les réserves.

– Les solutions 1e sont flexibles, mais peuvent-elles investir beaucoup dans le private equity et les infrastructures publiques, comme au Canada par exemple?

– Ce serait parfait si c'était possible. J’aimerais pouvoir investir directement dans les infrastructures, ce qui n’est pas autorisé aujourd’hui. La Suisse ne manque pourtant pas de projets importants, par exemple dans le rail. Leur cofinancement par les caisses de pension aurait un impact vraiment positif sur leur développement.

– Les investissements dans les projets ferroviaires seraient-ils vraiment rentables pour les assurés?

– Il faut trouver un modèle de prix qui prévoie que cela soit suffisamment rentable pour l’assuré. Par exemple si un trajet en train Genève-Lausanne coûte 30 francs, 1 franc pourrait être réservé aux caisses de pension. C’est ce modèle qui est employé au Canada.

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