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Une cliente analyse son smartphone Samsung à Las Vegas.
© Reuters/Steve Marcus

Fonds de placement

Jorry Nøddekaer: «La hausse des émergents vient à peine de commencer»

Le gérant du fonds Nordea Emerging Stars, en hausse de 40% cette année grâce aux géants de la technologie asiatique, est convaincu des perspectives à long terme d’Alibaba, Tencent, Samsung et des fabricants de semi-conducteurs asiatiques

Jorry Nøddekaer investit très fortement dans les valeurs technologiques. Il a réalisé une surperformance de 8% par rapport à l’indice des marchés émergents en 2017. Spécialiste des marchés émergents depuis dix-sept ans, il est entré chez Nordea en 2011 pour gérer le fonds Nordea Emerging Stars Equity Fund après avoir été responsable des fonds chez Danske Capital.

Son horizon n’est pas le court terme, mais les tendances à long terme. «Dans les émergents, il est crucial d’être patient», explique-t-il au Temps. «Il est toujours possible d’avoir une mauvaise année tant la volatilité est parfois élevée», ajoute-t-il.

«Je ne peux que m’efforcer de réaliser une bonne performance en termes relatifs dans cette classe d’actifs.» Les statistiques de son fonds montrent que, sur cinq ans, l’objectif a été atteint. Le fonds est en hausse de 43%, contre 27%, l’indice de référence. A son avis, les marchés émergents sont en train de profiter d’une réévaluation parmi les investisseurs et la tendance devrait donc se poursuivre.

Le Temps: La plupart des stratèges sont très haussiers dans leurs attentes pour 2018. N’est-ce pas inquiétant?

Jorry Nøddekaer: Les perspectives semblent très favorables pour les 12 ou 24 prochains mois dans les marchés émergents. Mais n’oublions pas que le processus de réévaluation vient à peine de commencer. On part d’un niveau vraiment très, très bas. Tout ce qui pouvait pénaliser les émergents s’est longtemps trouvé réuni, y compris la force du dollar et l’abondance de surcapacités dans plusieurs industries. La reprise boursière et la stabilité économique ne se sont mises en place qu’au cours de 2016. Aujourd’hui, les émergents commencent à être perçus comme moins risqués et au bénéfice d’une amélioration des marges bénéficiaires des entreprises.

Avec une croissance globale stable, la tendance haussière peut se prolonger encore plusieurs années si aucun choc négatif ne se produit.

Et qu’en est-il des valeurs technologiques, votre principale surpondération, avec de grandes positions dans Alibaba, Tencent et Samsung?

Je suis optimiste à l’égard des actions technologiques. Notre processus de sélection nous amène à privilégier ce que nous appelons les poches de croissance, c’est-à-dire les domaines où la demande est forte et où certaines contraintes renforcent la tendance. Les entreprises profitent alors d’une hausse du volume et d’une augmentation des prix. Les capacités étaient presque partout excessives au moment de l’éclatement de la crise financière. Cette situation a beaucoup changé. Nous vivons une transformation structurelle qui nous amène à rester structurellement haussiers sur la technologie.

Pourquoi l’Asie est-elle si forte dans ce domaine?

Il faut se rappeler que la révolution du smartphone dépasse toutes les prévisions. La Chine a exprimé sa volonté de produire son propre smartphone. Beaucoup sont restés sceptiques, croyant que les groupes chinois ne produiraient que des produits de médiocre qualité. C’est l’inverse qui s’est produit, mais seules quelques entreprises sont parvenues à offrir des produits d’excellente qualité, y compris au niveau des composants et des applications. L’avantage compétitif de ces derniers s’est couplé à un fort pouvoir sur les prix leur permettant d’être des leaders mondiaux.

J’ajoute la révolution de l'e-commerce, la «révolution Tencent», grâce à laquelle les données sont le nouvel or. Grâce aux données, l’e-commerce met en relation les nouvelles technologies et les applications des réseaux sociaux ainsi que les paiements en ligne. La demande est très forte envers l’électronique grand public, la communication et les centres de données.

Vous vous concentrez sur les très grands noms de la technologie. Est-ce que vous évitez les small caps?

Non, notre fonds compte des grands noms au sein des 50 sociétés en portefeuille, mais entre 18 à 20 sont des «small & mid caps tech».

Quelle est votre opinion sur la concurrence entre les leaders asiatiques Tencent, Alibaba, Samsung et les américains Amazon, Alphabet et Apple? Qui va gagner?

Samsung gagne sous l’angle boursier. Le groupe coréen vend un grand nombre de composants à Apple. En tant qu’investisseur dans Samsung, je me réjouis si Apple se porte bien.

Et qu’en est-il de l'e-commerce?

Il n’y a pas de vraie concurrence. La Chine est un marché fermé à Amazon et vice-versa pour Alibaba aux Etats-Unis. Les modèles d’affaires sont aussi différents. Le rendement d’Alibaba, qu’il s’agisse des marges ou du rendement des fonds propres, est nettement supérieur à Amazon. L’américain investit plus massivement qu’Alibaba dans sa taille en espérant monétiser cette expansion plus tard. Il faudra qu’Amazon mette en œuvre sa stratégie pour répondre aux attentes.

Le groupe chinois dispose d’un potentiel pour augmenter ses prix et lancer de nouveaux produits dans son écosystème, y compris dans les services de paiement et dans le cadre de son expansion dans d’autres pays émergents, comme l’Inde. Alibaba est l’une des plus grandes positions dans mon fonds et j’en suis fort aise.

Est-ce que vous préférez vous concentrer sur la Chine ou découvrir des nouvelles stars au Vietnam ou en Birmanie?

Nous choisissons des entreprises et non pas des pays, mais nous prenons en compte le contexte macroéconomique dans notre gestion des risques. Nous essayons d’ailleurs d’avoir un bon équilibre sectoriel et régional. Nous préférons la Chine (28% du fonds) et l’Inde (14%). Cette dernière est notre plus grande surpondération par rapport à l’indice. L’Inde fait partie des poches de croissance attractives. Nous avons aussi une entreprise en Birmanie, une aux Philippines et une autre en Argentine. Mais nous préférons l’Asie aux autres régions.

Quel est l’impact de la réforme fiscale américaine sur votre portefeuille?

Les détails finaux ne sont pas encore définis. Nous ne changeons pas nos prévisions même si je m’attends à une légère hausse des bénéfices à travers une augmentation de la demande. Si les déductions en termes d’amortissement sont confirmées, les investissements en technologie devraient en profiter, par exemple dans la production de composants optiques et de semi-conducteurs.

Si la réforme est positive pour les Etats-Unis, le dollar devrait légèrement se renforcer. Les fabricants de produits technologiques en profiteront puisqu’ils vendent aux Etats-Unis et paient leur main-d’œuvre et leurs investissements locaux dans d’autres monnaies.

La hausse persistante du pétrole va-t-elle changer votre portefeuille, sachant que la plupart des émergents sont très sensibles aux matières premières?

Non, pas vraiment. Nous ne sommes pas haussiers sur le pétrole. D’ici dix ans, l’or noir devrait être significativement meilleur marché.

L’énergie devient progressivement une technologie, sous l’effet du solaire et des sources d’énergies renouvelables. Nous croyons en l’avenir de ces dernières et investissons dans les batteries par exemple.

L’investisseur devrait réaliser que progressivement les indices des marchés émergents se distanceront des matières premières au profit de la technologie. Les grandes capitalisations sont de plus en plus des «techs».

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