Depuis quelques mois, le Costa Rica, en Amérique centrale, est secoué par une série de scandales politico-financiers. Plusieurs millions seraient repartis en dessous-de-table. Un ancien président se trouve derrière les barreaux tandis qu'un autre est assigné à résidence. Alcatel, la multinationale française, est bannie de tout nouveau contrat. San José, la capitale, connaît régulièrement des manifestations de soutien à l'opération «mains propres» à la costaricaine.

C'est dans ce contexte explosif que mardi soir, une télévision privée a révélé que José Maria Figueres, chef d'Etat entre 1994 et 1998, et directeur du World Economic Forum (WEF) à Genève depuis septembre 2001, a touché 906 355 dollars, de sources illicites, laisse-t-elle entendre. Des parlementaires ont immédiatement demandé des explications et certains exigent même son retour au pays. Rattrapé par son passé et de façon inattendue, comme il le dit lui-même, José Maria Figueres donne sa version des faits. Entretien.

Le Temps: Avez-vous touché les 906 355 dollars en question?

José Maria Figueres: Oui. J'ai quitté mes fonctions de président en 1998. J'ai collaboré à partir de juin 2000 et pendant 39 mois avec Desarrollos Interdisciplinarios, une entreprise de consulting. J'ai reçu huit paiements totalisant 906 355 dollars. Je suis transparent sur ce sujet et mets mes comptes au Costa Rica ainsi qu'en Suisse à la disposition des autorités compétentes. Mes avocats en ont informé la justice hier. Les mandats m'ont été alloués sur la base de mes compétences. J'ai une formation technique ainsi qu'une longue expérience professionnelle dans le domaine des technologies de l'information. En octobre 2003, j'ai cessé toute collaboration avec Desarrollos Interdisciplinarios à cause de mes obligations internationales.

– Avez-vous eu des contacts avec Alcatel, qui a, c'est certain, graissé des pattes pour décrocher des contrats au Costa Rica?

– Jamais, ni durant ma présidence, ni après.

– Songez-vous à porter plainte?

– Définitivement. Je porterai plainte contre mes accusateurs. Je l'ai fait dans le passé lorsqu'on avait tenté de salir ma réputation. Cela dit, je vous fais remarquer que la presse dit que j'ai reçu cet argent. Cela est vrai. Ce que je n'aime pas, c'est que mine de rien, des politiciens reprennent cette histoire et font croire que je suis mêlé aux autres cas de corruption pour lesquels plusieurs personnalités sont mises en cause.

– Quelle serait leur motivation?

– C'est de la calomnie colportée par mes adversaires politiques et même par certains membres de mon ancien parti. Ils n'ont pas envie que je revienne au pays et me présente éventuellement aux élections présidentielles. En ce qui me concerne, il n'est pas question de me représenter.

– Comptez-vous rentrer au pays? Craignez-vous une arrestation à la descente d'avion?

– Je retourne au pays au moins deux fois par an, en été, puis en hiver après le Forum de Davos. J'y serai donc en février.