Josef Ackermann, la fin du manager que l’Allemagne déteste

Portrait Empêtré dans un nouveau procès, le Suisse figure en une de la presse outre-Rhin

Tête de Turc à Berlin, l’ex-patron de Deutsche Bank ne fait plus partie du cercledes top managers

Il fut un temps où il avait ses entrées à la Chancellerie. Josef Ackermann, Saint-Gallois né en 1948 à Walenstadt, a connu une carrière exceptionnelle qui l’a mené jusqu’à la tête de la Deutsche Bank. Ses conseils étaient appréciés jusqu’à la Chancellerie. Au point qu’Angela Merkel fait organiser une petite fête dans ses bureaux pour l’anniversaire de «Joe» en 2008. L’anecdote est symptomatique. Car qui est invité par Angela Mer­kel a intérêt à se régaler en silence de cet honneur inhabituel. Josef Ackermann a eu le malheur de révéler sa bonne fortune à la presse. Il n’a plus jamais remis les pieds à la Chancellerie, dont les portes sont toujours fermées à ses successeurs. Angela Merkel n’a guère apprécié de passer ainsi pour une chancelière à la botte de la finance internationale.

Cet épisode n’est pas le seul dans la catégorie des catastrophes en termes de communication de Josef Ackermann. De lui, les Allemands conservent l’image de ce banquier arrogant qui a osé faire le «V» de la victoire lors de son procès en 2004, semblant défier la justice dans l’affaire des parachutes dorés chez l’opérateur téléphonique Mannesmann.

Depuis, il y a eu bien d’autres scandales accolés à son nom: Libor, Forex, CO2, «subprime», et de nouveau Kirch depuis mardi devant le tribunal de Munich, où le manager suisse est accusé de faux témoignage dans un précédant procès lié à la faillite de l’empire audiovisuel de Leo Kirch. Depuis, ses successeurs à la tête de Deutsche Bank doivent toujours provisionner des milliards pour faire face aux amendes héritées de son époque qui continuent de pleuvoir sur l’entreprise. La dernière en date est particulièrement salée: 2,5 milliards de dollars dans le scandale du Libor.

Longtemps, l’Allemagne lui a été reconnaissante de ne pas avoir eu besoin du soutien du contribuable pour gouverner Deutsche Bank en eaux calmes après la crise de 2008. Entre-temps, même cette «légende» est remise en question en Allemagne, où le bilan des dix années passées par le Suisse à la tête de la première banque du pays, entre 2002 et 2012, est de plus en plus démonté. Lundi, ses successeurs Jürgen Fitschen et Anshu Jain ont présenté un nouveau plan de redressement qui passera par la fermeture de 200 des 700 filiales du groupe, la réduction de la voilure dans l’activité banque d’investissement et la vente de Postbank, achetée à prix d’or par Josef Ackermann entre 2008 et 2010. Ce dernier, estime la presse allemande, a pris des risques inconsidérés pour parvenir à son but: faire de son institut l’une des principales banques du monde. C’était oublier que la finance allemande n’est pas la finance suisse. Pour la classe politique allemande, Deutsche Bank est «la banque chargée de financer les grosses PME du pays».

Retraité des affaires, Josef Ackermann a connu une longue série de déboires: le suicide du directeur financier du groupe d’assurance Zurich Insurance Group, qui l’a poussé à démissionner à l’été 2013 au bout d’un an à la direction de l’établissement; le départ du directoire du Forum économique mondial de Davos, dans le sillage de cette démission; la sortie des conseils de surveillance de Siemens et de Shell… Ne lui reste que la présidence de la banque chypriote Bank of Cyprus.

Angela Merkel n’a pas apprécié de passer pour une chancelièreà la botte de la finance internationale