«Nous vivons l'ère du mea culpa», ironise Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times, après le discours de Josef Ackermann, président de Deutsche Bank et de l'Institute of International Finance. «Est-ce qu'il aurait tenu les mêmes propos il y a un an?» ajoute-t-il, à l'occasion, ce jeudi, du 38e Symposium de Saint-Gall, placé sous le titre «Capitalisme global-valeurs locales».

Jo Ackermann a accepté les critiques sur le manque de transparence, le besoin de relèvement des fonds propres, le développement d'une culture du risque à tous les niveaux. Il a reconnu que l'acceptation du capitalisme décline dans le monde.

En revanche, il est faux d'affirmer que l'on a privatisé les profits et socialisé les pertes, s'est défendu le Suisse. Les bénéfices de l'explosion de la finance ont été taxés jusqu'à 36% selon les pays, donc socialisés. La société a bénéficié d'emplois solides et bien rémunérés. Et quand l'Etat est intervenu durant la crise, il n'a pas protégé des banquiers avides d'argent, mais évité une crise plus profonde.

D'ailleurs l'instabilité est inhérente au système, a poursuivi le banquier. Les marchés financiers sont par nature ouverts au comportement moutonnier, aux bulles et aux crises. C'est pourquoi il faut intervenir. Et le banquier d'applaudir le travail des ministres des Finances et des banquiers centraux.

Pour les banques, la meilleure mesure de prévention reste d'augmenter leur capacité bénéficiaire, de se diversifier, de revoir leur culture du risque et leurs modèles, explique Josef Ackermann. Les normes comptables basées sur la valeur correcte («fair») sont aussi à revoir. Par exemple, le bilan de Deutsche Bank atteint 1500 milliards d'euros selon les normes US Gaap, mais 2300 milliards d'après les règles internationales IFRS.

Le secteur public porte aussi sa part de responsabilités, selon le banquier. La réglementation actuelle est inadaptée. Si la nouvelle, dite Bâle II, avait été en place, les dégâts seraient moins sévères. Et le laxisme monétaire a amplifié la hausse des actifs immobiliers et financiers.

Salaires incontrôlables

Toutefois, «il n'est pas sûr que les systèmes de rémunération aient contribué aux excès», selon le banquier. Il s'agira certes de mieux les aligner en fonction des intérêts des actionnaires et de l'entreprise. Mais ce n'est pas à l'Etat d'intervenir.

Martin Wolf a été beaucoup plus sceptique. Un nouveau capitalisme financier a été mis en place ces dernières décennies. La finance a vu sa taille tripler en quelques années. Aujourd'hui, «le système n'a pas passé le test», selon l'éditorialiste. «Mais ce n'est pas la fin du monde», s'est-il empressé d'ajouter. Une nouvelle réglementation va se mettre en place. Ainsi «nous pourrons réduire la fréquence des crises, mais les crises sont naturelles».

Enfin, Martin Wolf, très critique sur les salaires versés dans la City, ne croit pas que la réglementation puisse obliger les financiers à adopter un mode de rémunération plus raisonnable. A son avis, ils trouveront toujours un moyen de contourner les règles.