Pour Josef Ackermann et ses coaccusés du procès Mannesmann, c'est un soulagement. Pour les juristes, c'est une défaite des procureurs de Düsseldorf.

Le Parquet de cette ville a en effet annoncé vendredi qu'il acceptait d'abandonner les poursuites contre le patron de Deutsche Bank et les anciens membres du conseil de surveillance du groupe Mannesmann en échange du versement d'une somme de 5,8 millions d'euros par les six accusés. Josef Ackermann, le patron le mieux payé d'Allemagne, devrait sortir de sa poche 3,2 millions d'euros (5 millions de francs) et Klaus Esser, ancien président de Mannesmann, 1,5 million. Le tribunal de Düsseldorf devrait se prononcer la semaine prochaine sur cet arrangement.

Josef Ackermann jouait gros. Tout en continuant à proclamer son innocence, il avait déjà annoncé qu'il se retirerait de la direction de Deutsche Bank s'il était condamné dans cette seconde procédure.

Avec cinq autres membres du conseil de surveillance, il était accusé d'abus de confiance pour avoir autorisé le versement de 57 millions d'euros de primes aux anciens dirigeants de Mannesmann qui avaient «rendu possible» le rachat du groupe par l'anglais Vodafone. Blanchis par le tribunal de première instance en 2005, les sixcoïnculpés avaient été renvoyés devant les juges par la Cour fédérale de justice, la plus haute instance judiciaire allemande, qui avait cassé le premier jugement.

Un banquier décrié

Les considérations des juges fédéraux, qui estimaient que les accusés avaient bien commis un délit ou du moins une erreur d'appréciation, permettaient d'envisager une condamnation avec plus de probabilité que lors du premier procès. La Cour de justice avait qualifié ces bonus exorbitants de «cadeaux faits au détriment de la société».

Le fait que le Parquet, après avoir refusé un arrangement précédant l'ouverture de l'audience, soit contraint de céder, laisse à penser que l'accusation n'a pas su utiliser toute sa marge de manœuvre. Pour les avocats de Josef Ackermann, il était évident, après les premières auditions des témoins, que le procès allait se conclure sans que la moindre preuve soit apportée sur la culpabilité de leur client.

Josef Ackermann, réélu ce printemps à la présidence du directoire de la première banque allemand, peut respirer. Considéré à l'étranger comme l'un des rares banquiers capables d'amener Deutsche Bank parmi les premiers établissements financiers du monde, il reste pourtant l'homme le plus décrié d'Allemagne. En 2005, alors que la banque battait tous les records, avec un bénéfice de 3,8 milliards d'euros, et atteignait ses objectifs de 25% de rendement avant impôts, le banquier suisse annonçait la suppression de 5200 emplois, dont 2000 en Allemagne, pour améliorer la compétitivité du groupe à long terme.

Aujourd'hui les petits actionnaires sont soulagés. «Il fallait mettre fin à ce procès qui nuisait à l'image de Deutsche Bank. Pour Josef Ackermann, c'est un acquittement de deuxième classe», a jugé Ulrich Hocker, président de l'association des porteurs de papiers-valeurs.