L’évasion et la fraude fiscales ainsi que les places financières qui accueillent des fonds illicites et privent des Etats de revenus feront l’objet de recommandations de la commission Stiglitz. «Mais nous ne regarderons pas que les centres offshore comme ce sera probablement le cas au Sommet du G20. Il sera facile pour ce dernier d’accuser des pays qui ne seront pas représentés à Londres et qui ne pourront pas se défendre. Pour notre part, nous parlerons aussi de centres onshore qui sont tout aussi secrets et opaques», a déclaré Joseph Stiglitz.

Ce Prix Nobel d’économie préside une commission nommée par l’ONU et chargée de recommander des mesures pour faire face à la crise qui ébranle désormais l’ensemble de la planète. (LT du 10.03.2009). Lors d’une rencontre avec la presse dans les locaux de l’Union parlementaire internationale à Genève, Joseph Stiglitz a indiqué que les Etats ont besoin de mobiliser tous les fonds possibles pour sortir de la crise.

Bâtons dans les roues

L’économiste américain est allé encore plus loin.: «Nous ne pouvons pas, en Europe ou aux Etats-Unis, faire des discours décriant la corruption alors que nos places financières encouragent la fuite de capitaux.» Il a aussi critiqué les Etats qui découvrent de l’argent illicite planqué dans leurs banques, mais qui mettent des bâtons dans les roues pour empêcher son rapatriement.

Composée de 18 membres, la commission Stiglitz rendra son rapport à la fin du mois. L’ONU a d’ores et déjà prévu une réunion de suivi en juin à New York. Elle déciderait des mesures à adopter dans les plus brefs délais et d’autres applicables à plus long terme. Le rapport n’est pas encore prêt, mais quelques grandes lignes commencent à émerger.

«La priorité, a déclaré Joseph Stiglitz, va aux plans de relance. Mais alors que les pays riches disposent des moyens pour lever des fonds, les pays en développement ont besoin d’apports extérieurs.» Quant aux plans déjà sur la table, il a estimé qu’ils sont largement insuffisants. Le plan Obama prévoit la création de 3,6 millions d’emplois entre 2009 et 2011. La crise a déjà détruit 4 millions de places de travail et presque deux millions de jeunes rejoignent le marché du travail chaque année. «A ce rythme, le taux de chômage dépassera largement les 5,5% actuels», a-t-il fait remarquer.

La commission Stiglitz fait de la refonte d’institutions financières internationales l’une de ses priorités. «La crise est trop profonde pour se contenter d’aménagements cosmétiques», a-t-il dit. Le Prix Nobel a alors évoqué la création d’un «Fonds mondial» qui viendrait en aide aux pays en manque de liquidités. «Dans le passé, le Fonds monétaire international (FMI) a joué ce rôle. Aujourd’hui, il est dépassé et, surtout, discrédité à cause des conditions sévères imposées liées aux pays contre des prêts», a-t-il poursuivi. Selon Joseph Stiglitz, l’absence d’un tel fonds explique partiellement la crise actuelle: de nombreux pays, notamment d’Asie, ont accumulé des réserves, ce qui a limité la demande dans une partie du monde. Paradoxalement, une autre partie a surconsommé en s’endettant.

Dans un autre registre, la commission salue la proposition de la chancelière allemande Angela Mer­kel: la création d’un Conseil de coordination économique mondial. Pour Joseph Stiglitz, une telle instance aiderait à augmenter la transparence dans le système financier et à prévenir les crises.