Analyse

Le jour où la politique fixera tous les revenus

Les revenus des ménages sont toujours davantage l’objet d’une décision des autorités. L’offre et la demande sont ignorées, laissant la place à une évaluation du coût de la vie et à la volonté égalitariste. Le marché disparaît

Dans un régime d’économie de marché, le salaire est un paiement en échange d’un travail en conformité à un contrat entre deux individus, un salarié et un employeur. Ce modèle disparaît. Non seulement un salaire minimum légal, fonction du processus politique, est imposé à plus de 10% de la population active de nombreux pays. Mais d’innombrables initiatives cherchent à réduire la part des revenus définis par le jeu de l’offre et de la demande.

Les revenus des ménages proviennent de moins en moins de leur salaire. En Suisse, les dépenses sociales représentent 24% du PIB. L’État intervient aussi sur la structure des salaires. En France, 1,7 million d’individus sont au bénéfice du SMIC (soit 11% des salariés privés). Les pressions politiques s’accroissent pour réduire les écarts entre les salaires, empêcher les «discriminations» et empêcher que le marché ne s’exprime librement.

L’économie de la rareté

La définition du salaire fait intervenir une notion centrale en économie, celle de rareté. C’est elle qui explique pourquoi le revenu n’est pas lié à l’énergie dépensée par un travailleur. Rien ne sert de fabriquer un produit que personne ne veut. Stakhanov, le héros socialiste qui aurait extrait 102 tonnes de charbon en six heures en 1935, illustre la définition marxiste du salaire en tant que quantité de travail. L’idée de rareté peine pourtant à être acceptée même s’il est évident que le revenu le plus élevé est celui des managers de grands groupes et des stars du sport ou des loisirs.

La notion de contrat entre deux personnes peine aussi à être acceptée. C’est pourtant grâce à ce processus d’échange dynamique que les besoins sont satisfaits au prix qui correspond à l’équilibre entre l’offre et la demande. Un salaire dicté par la politique conduit forcément à une mauvaise allocation des ressources.

Egalitarisme et lutte contre la pauvreté

Ce glissement politique de la notion de salaire est habituellement motivé par la lutte contre la pauvreté. A Genève, un rapport de la Direction générale de l’action sociale (DGAS) parle de «personnes à risque de pauvreté monétaire» lorsque le «revenu déterminant unifié» (RDU) est inférieur à 60% de la médiane (3092 francs pour une personne seule). Ce RDU comprend le revenu, les aides étatiques et des éléments de fortune. Selon l’étude, 18,7% des personnes courent un risque de pauvreté.

L’appel politique à un salaire correspondant à 60% de la médiane souffre d’un problème grave. La médiane est en effet une valeur relative. Si le salaire médian passe de 4000 francs à 8000 francs, celui qui reste à 60% de cette médiane ne progresse pas en termes relatifs, mais son salaire passe de 2400 francs à 4800 francs.

Cette politisation des rapports sociaux frappe aussi les pays anglo-saxons. Au Royaume-Uni, le salaire minimum, introduit par Tony Blair, est passé à 6,95 livres sterling (8,98 francs) ce mois-ci, après avoir été augmenté d’un tiers en termes réels depuis 1999. Sous l’effet de la «Living Wage Foundation» (LWF), une campagne virulente a été lancée pour que le salaire minimum soit fonction d’un niveau de vie «acceptable», une notion comprenant des besoins d’intégration sociale aussi bien que de diététique. Le gouvernement conservateur a lui-même pour ambition d’offrir un SMIC à 60% du salaire médian en 2020.

La hausse du coût de la vie est politique

Ces interventions dans une relation privée ne peuvent ignorer que le salaire minimum pénalise l’emploi. Une étude d’Aaronson, French et Sorkin (2016) sur la branche des restaurants a montré que les entreprises existantes ne réduisaient pas l’emploi, mais que les nouveaux restaurants employaient moins de collaborateurs.

L’Institute of Economic Affairs, sous la plume de Ryan Bourne et J.R. Shakeleton (And How Much You Earn?) dénonce ce mois-ci cette campagne idéologique. Le salaire minimum «ne correspond plus à la productivité et aux conditions de marché, mais au coût de la vie», regrette-t-il.

Si le coût augmente pour le logement, la santé, les transports ou l’énergie, c’est pour une large part, en vertu des politiques actuelles, selon l’IEA. Leur intervention sur les salaires se traduira par un chômage accru et le développement du marché noir. En Allemagne, 300 000 réfugiés travailleraient au noir en dessous du salaire minimum, selon Friedrich Schneider, professeur à l’université de Linz.

La liberté de contracter mérite d’être remis au cœur des discussions salariales. Elle est au moins aussi importante que la liberté d’expression. L’intervention de l’État sur ce thème conduit à une mauvaise allocation des ressources, une hausse du chômage et à un échec économique qui ne peut mener qu’au populisme.


A lire aussi:

Publicité