A mesure que nous vieillissons, c’est avec de plus en plus de cynisme que nous soufflons nos bougies. Pourtant, jamais un anniversaire n’a suscité autant de réactions mitigées que les huit années du marché haussier mondial des actions. Depuis sa naissance en mars 2009 (plancher du S&P), autrement dit il y a une éternité, les incertitudes sont légion. Cela n’existait pas en mars 2009:

– la moitié du PIB de la Chine (à prix courants)
– WhatsApp, Instagram et Uber
– le terme «Brexit»
– les «Abenomics»
– l’iPad
– la Tesla Model S.

Si les stigmates de la crise financière ont mis du temps à s’effacer, ce cycle boursier a aussi été marqué par une certaine confusion. Des incertitudes demeurent aujourd’hui, bien que le marché ait retrouvé sa vigueur. Si cette appréhension est compréhensible, nous n’en restons pas moins convaincus qu’il existe assez de facteurs permettant de maintenir et d’élever le niveau du marché.

Un marché imposant

Depuis le creux de mars 2009, le S&P 500 a grimpé en flèche avec des rendements de plus de 300% au total, faisant de ce marché le deuxième marché haussier le plus long et l’un des plus solides jamais observés. En dépit de leur essoufflement, les marchés mondiaux ont pu générer des revenus importants pour les investisseurs.

Il semble que cette phase d’expansion soit marquée depuis le début par nombre de mini-crises et de cycles de reprise, sur fond de faibles valorisations récompensant les investisseurs pariant sur un rebond. Ainsi, le rapport très faible valorisations/rendements potentiels a profité aux investisseurs fidèles et a constitué le principal pilier de ce marché haussier.

Dans le contexte actuel, il est peu probable que les valorisations soient majoritairement à l’origine des rendements futurs, à moins d’identifier le catalyseur d’une forte exubérance. D’aucuns affirment que les marchés anticipent déjà des scénarios très optimistes. Nous ne sommes pas de cet avis. Certes le niveau relativement élevé des valorisations réduit l’ampleur de cette expansion par rapport aux dernières années mais il est plus probable que ce soit une explosion des valorisations ou une crise qui mettent fin à ce marché haussier.

Entre des niveaux extrêmes de valorisations, il est plus probable que les marchés soient tributaires de la croissance et de la variation des bénéfices des entreprises résultant de ces tendances. Sur ces deux points, les chiffres suggèrent que le contexte est relativement favorable à une amélioration notable à moyen terme.

Les bénéfices des entreprises – les premières années

Si l’ampleur et la durée de ce marché haussier sont en grande partie dues aux très faibles valorisations, l’amélioration de la conjoncture et le renforcement des fondamentaux des entreprises y ont aussi contribué, bien qu’ils aient manqué de régularité et de solidité pour faciliter la vie des investisseurs. Le marché des Etats-Unis demeure l’un des moteurs de la croissance des bénéfices des entreprises – une amélioration qui s’est accélérée grâce à une maîtrise très stricte des coûts par les sociétés et à une sortie de récession plus rapide que prévu.

Alors qu’aux Etats-Unis la croissance est en berne depuis plusieurs trimestres, le Japon, dynamisé par les «Abenomics», voit ses bénéfices grimper depuis 2012. Partout ailleurs, la conjoncture laisse peu de place à l’optimisme des investisseurs depuis le début de cette phase d’expansion en 2009-2010. Cela a pesé sur le moral des investisseurs, en particulier dans une partie de l’Europe et des pays émergents.

Joyeux anniversaire! Et qu’il y en ait d’autres (peut-être quelques-uns)!

En dépit des nombreuses difficultés auxquelles font face les investisseurs, nous faisons preuve d’un optimisme mesuré quant à la survie de ce marché haussier vieillissant. Certes, la croissance ralentie est désormais la norme mais la tendance est tout de même à la hausse. Plus encourageant encore: à l’échelle mondiale, le marché de l’emploi reste solide.

Vu les attentes grandissantes face aux valorisations, il sera crucial de dégager des bénéfices pour générer des rendements lors de la prochaine étape du cycle boursier. Il est possible qu’une certaine volatilité à court terme s’ensuive mais, si cela se produit, elle ne marquera pas pour autant la fin de ce marché haussier.

Les incertitudes du cycle donneront de toute manière aux investisseurs l’occasion de revoir la composition de leurs portefeuilles au moment des creux, avant la fin inéluctable de cette phase d’expansion.