Presque cinq ans après la chute de Lehman Brothers, le spectre des subprime hante plus que jamais les couloirs des banques impliquées dans ce qui s’est avéré être la plus vaste déconfiture de l’ère des marchés financiers globalisés.

A en croire le Financial Times de mercredi, les autorités américaines réclament 6 milliards de dollars à JPMorgan. Une somme record qui lui permettrait de se débarrasser des accusations de fraude dont elle fait l’objet. Aux côtés de 17 autres de ses consœurs, la banque est poursuivie depuis 2011 pour avoir vendu pour 33 milliards de dollars de subprime aux géants américains du refinancement immobilier, Fannie Mae et Freddie Mac. Des produits ficelés qui, on l’a vu, étaient en fait basés sur des emprunteurs insolvables. L’accusation porte sur les années 2005 à 2007, trois exercices durant lesquels JPMorgan a publié des bénéfices nets cumulés de 38 milliards de dollars.

Aujourd’hui, les autorités américaines veulent se refaire. Elles avaient dû débourser près de 190 milliards de dollars pour sauver ses deux agences étatiques, après la crise de 2008. Et c’était avant qu’elles ne doivent voler au secours de Citigroup, AIG, et d’autres…

JPMorgan n’est ainsi pas la seule à payer les pots cassés. Citigroup et General Electric ont déjà été amendées. Credit Suisse, Deutsche Bank et HSBC ont constitué des provisions. La banque britannique estime qu’une facture de 1,6 milliard de dollars lui sera destinée.

Le mois dernier, UBS s’est déjà acquittée d’une amende de 885 millions de dollars dans le même dossier. Et encore, elle s’en est bien sortie, selon des sources du Financial Times. Car les pertes liées à ses ventes de subprime avaient d’abord été évaluées à 1,15 milliard. Mais le rebond des marchés financiers a permis de réduire la compensation due par la première banque suisse.

La valeur théorique des titres vendus par JPMorgan est, elle, cinq fois supérieure. Et contrairement à UBS, la banque new-yorkaise est poursuivie pour fraude. Une différence qui aggrave la sentence à son encontre.

Néanmoins, JPMorgan pourrait s’en tirer à meilleur compte que ne l’indique le quotidien britannique. Pour l’instant, il se dit que la banque refuse cet arrangement. Car une bonne partie des titres qu’elle a vendus l’ont en réalité été par Washington Mutual et Bear Stearns, deux établissements que JPMorgan avait dû racheter dans l’urgence et avec l’aide du gouvernement, en pleine tempête financière.

Cet épisode, et le montant inédit en question, n’est qu’une petite partie d’un feuilleton dont l’intrigue semble s’accélérer, au fil des semaines.

Depuis début 2008, JPMorgan aurait ainsi consacré 21,3 milliards de dollars à indemniser des investisseurs, à régler des litiges et à s’éviter des inculpations. Sans compter les 8,1 milliards qu’elle a prévus pour des rachats de certains produits hypothécaires mis en veilleuse. Elle est, selon un décompte de Bloomberg, la plus grande contributrice au montant de 103 milliards de dollars que les six plus grandes banques américaines ont déjà dû dépenser en «frais juridiques». Cette somme, qui inclut aussi et notamment les réparations liées au scandale du Libor, est supérieure à ce que ces six géants de la finance ont versé en dividende à leurs actionnaires, relève l’agence de presse.

Et ce n’est sans doute pas fini. Le procureur général des Etats-Unis, Eric Holder, vient de déclarer au Wall Street Journal qu’il allait engager d’autres poursuites, dans les mois à venir. «Les conséquences financières pour ces banques dépasseront bientôt les gains réalisés grâce à leurs manigances.» C’est le sentiment qui prédomine désormais, chez les analystes bancaires américains.

Les amendes pour ces banques dépasseront bientôt les gains réalisés par le biais de leurs manigances