Dans le litige qui oppose Jürg Stäubli à la Banque Cantonale de Genève (BCGE), la société JS Holding en représente la clé de voûte. C'est notamment à travers ce véhicule que l'homme d'affaires bernois a construit son petit empire à la fin des années 1980. Dans le cadre de son offensive sur le plan pénal, la banque tente aujourd'hui d'acculer JS Holding à la faillite. La BCGE a conservé un orteil – environ 2% – au sein du capital de JS Holding, mais c'est clairement Jürg Stäubli qui contrôle cette société, dont le conseil d'administration est présidé par le Fribourgeois Jacques Buchi.

Après avoir été vidée de ses filiales viables, JS Holding semble à l'agonie. Selon nos informations, cette société fribourgeoise a enregistré l'an dernier une perte d'environ 107 000 francs, portant à plus de 58 millions la perte totale inscrite au bilan. Le montant de cette perte cumulée dépasse de loin le capital-actions de JS Holding, qui est de 50 millions de francs. Dans un tel cas, le conseil d'administration doit prendre des mesures. L'article 725 du Code des obligations précise en effet que «s'il ressort du dernier bilan annuel que la moitié du capital-actions et des réserves légales n'est plus couverte», le conseil d'administration de la société tente dans un premier temps d'assainir l'entreprise et, si cette mission paraît impossible, il avertit le juge.

Pieds et poings liés

Ce qui sauve encore JS Holding du dépôt de bilan, c'est le fait que la BCGE a accepté en 1997 de postposer ses créances. La banque se retrouve donc pieds et poings liés. Les créances postposées de la BCGE atteignent environ 8 millions de francs, une somme qui correspond d'ailleurs grosso modo au montant réclamé par Jürg Stäubli dans le cadre de ses actions civiles contre trois anciennes filiales de JS Holding.

Les relations entre l'homme d'affaires bernois et l'établissement genevois étaient encore détendues en 1997, au moment de la signature d'une convention de 80 millions de francs (Jürg Stäubli obtenait une remise de dettes et cédait à la même époque ses actifs industriels et commerciaux). C'est aussi dans cette période que la banque consent à postposer ses créances. Mais les rapports entre le financier et la banque se sont alors brusquement détériorés. En avril 1998, la BCGE considère que ces postpositions de créances doivent être annulées, ce que contestent Jürg Stäubli et JS Holding.

Interrogé sur les raisons de cette nouvelle perte, sur la marche des affaires – limitées à essayer de recouvrer des créances – de cette holding, et de manière générale sur la raison d'être de JS Holding, Jürg Stäubli s'est refusé à tout commentaire.