Economie

Jules Bianchi, la mort de l’innocence

La Formule 1 n’avait plus connu de décès depuis Ayrton Senna en 1994

Le monde de la Formule 1 s’était préparé depuis le 5 octobre 2014 à la nouvelle tombée au matin du samedi 18 juillet: la mort de Jules Bianchi. Le jeune pilote français de l’écurie Marussia n’aura pu finalement que survivre durant neuf mois et douze jours dans un coma profond au terrible accident survenu au 42e tour du GP du Japon. Ce jour-là, la fatalité voulut qu’il perde le contrôle de sa monoplace juste à l’endroit où un tracteur-grue venait de dégager une voiture accidentée au tour précédent. Sous la violence du choc, la F1 décolla du sol l’engin de levage de neuf tonnes…

Jules Bianchi était selon ceux qui l’ont connu un garçon gentil, poli et souriant. Il avait hérité des gènes familiaux de la course automobile: un aïeul, Roberto, mécanicien, un grand-père, Mauro, pilote professionnel, un grand-oncle, Lucien, vainqueur des 24 Heures du Mans, un père, Philippe, gérant de karting. Cette famille-là connaissait les risques mieux que personne: en 1969, Lucien Bianchi meurt lors des essais des 24 Heures. Son frère, grièvement blessé l’année précédente, met un terme à sa carrière. Son neveu Philippe n’ose suivre sa vocation.

 

Un exploit à Monaco

Lorsque Jules Bianchi se lance dans la course, après des débuts précoces en karting et un titre en F3 Euroseries, il est le jeune Français le plus prometteur depuis bien longtemps. Il rêve de piloter pour Ferrari, dont il intégra l’académie de course en 2009 et pour qui il fut troisième pilote.

 

Il trouve un baquet en 2013 chez les Russes de Marussia, à qui il apporte en mai 2014 ses (deux) premiers points en Formule 1 en se hissant à la neuvième place du Grand Prix de Monaco, au prix de quelques attaques pleines d’au­dace et de maîtrise. Au terme de la course, plusieurs grands noms du paddock saluent sa performance. Son agent, Nicolas Prost, devait le placer chez Sauber en 2015 et le voyait, un jour, chez Ferrari.

 

Jules Bianchi est le premier pilote de Formule 1 tué en course depuis le double drame de 1994 quand, à Imola, l’Autrichien Roland Ratzenberger lors des essais puis le Brésilien Ayrton Senna en course trouvèrent la mort. Depuis, la sécurité en course a fait de gros progrès. Les accidentés, qui souffraient souvent par le passé de brûlures ou de paralysie des membres inférieurs, ont été de mieux en mieux protégés par l’aménagement des abords de la piste et l’utilisation de matériaux absorbant mieux les chocs.

 

Il reste le problème du cerveau, qui ne peut subir une décélération importante et brutale sans conséquences graves, souvent irréversibles et parfois fatales.

 

La Formule 1, quoi qu’on en dise, même devenue un sport de presse-bouton confié à des gamins parfois à peine sortis de l’adolescence, demeure une discipline extrême où la moindre erreur peut être fatale.

 

Les obsèques de Jules Bianchi seront célébrées mardi matin à Nice, sa ville natale. L. Fe

 

 

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